Présentation du Cartulaire blanc

Le Cartulaire blanc de l'abbaye de Saint-Denis nous est parvenu dans son état originel, en deux épais volumes, de grand format, de belle facture et d'excellente conservation1. Sa réalisation s'est étirée des années 1270 aux années 1300, où sont consignées les dernières additions, si l'on excepte les ultimes et rarissimes ajouts des années 1320.

La chronologie fine des phases de rédaction, tenant compte des changements, en général assez discrets, de main et de présentation, des écarts entre le contenu et la table initiale, des incohérences de classement, ne pourra être établie qu'après une étude approfondie.

Les transcriptions du Cartulaire blanc sont en général soignées ; que la collation avec les originaux fasse apparaître nettement plus de variantes quand les actes sont rédigés en ancien français tient davantage à l'état de la langue, et au caractère fortement normalisé du latin des XIIe-XIIIe siècles. À l'occasion, toutefois, un examen attentif révèle, ici des bourdes étonnantes (p. ex. le monogramme d'un roi dessiné pour celui d'un autre, pour l'acte Lendit 5), là un abrègement incompréhensible (p. ex. l'omission de la date pour l'acte Tremblay 1, un précepte de Louis le Pieux).

Le compilateur suit à l'évidence l'ordre qu'il a trouvé au chartrier, sans que l'on puisse déterminer si cet ordre a été donné, ou affiné, en vue de la compilation, ou s'il est plus ancien, ce qui est vraisemblable. Quelques ruptures entre la numérotation du Cartulaire et la cotation ancienne des originaux montre que le compilateur a très généralement fait correspondre un chapitre à un contenant (coffre ou layette) des archives, même si plus tard la numérotation des actes au Cartulaire a tendu au regroupement de petites unités.

Le classement d'ensemble s'opère sur une base thématique (offices claustraux, types de droits ou d'actes) et, surtout, topographique (nom du principal domaine concerné), le tout montrant quelques hésitations dans l'ordonnancement général, qui, depuis Saint-Denis même, progresse dans l'espace en s'éloignant du centre.

À l'intérieur de chaque chapitre, les actes sont la plupart du temps classés dans un ordre chronologique très rigoureux, au mois et au jour près, qui atteste aussi que les compilateurs (ou plutôt les archivistes les ayant précédés) ont tenu compte de la conversion des dates exprimées, non par le mois et le quantième, mais par référence à une fête liturgique, aussi bien que des millésimes formulés en ancien style. Mais, ici encore, l'ordre peut être rompu, voire bouleversé.

Les méprises ou irrégularités les plus voyantes sont constituées par des déclassements relativement fréquents, qui font copier dans un chapitre un acte relevant d'un autre chapitre. Dénoncées plus ou moins rapidement (selon les cas, avant confection de l'Anc. inv. noir, de la numérotation définitive des transcriptions, de la table du Cartulaire, de l'Anc. inv. jaune…), elles constituent de précieux indices sur l'organisation du chartrier monastique. Comme le prouvent en effet les notes encore lisibles au dos des originaux, les actes portaient, lorsque les compilateurs entreprirent leur travail, des indications plus ou moins développées sur le contenu des actes (qui inspirent souvent les rubriques du Cartulaire), et une « cote » limitée à un seul élément : un numéro d'ordre, mais pas le nom (presque toujours un nom de domaine) du contenant (coffre ou layette). Outre les cas où des actes avaient été mal classés, il suffisait donc qu'un acte eût été mal réintégré après consultation pour que le compilateur du Cartulaire les enregistrât dans un mauvais chapitre, ce dont on pouvait ensuite s'apercevoir, naturellement, plus ou moins tôt.

La masse de la documentation, le soin apporté au Cartulaire, typique du reste des solutions très normalisées du XIIIe siècle, les particularités du classement risquent pourtant de masquer l'essentiel, qui ne doit jamais être perdu de vue : les compilateurs, historiens et gestionnaires avertis, ont pratiqué une sélection drastique parmi les actes anciens, et, quelques « autorités » à part, ont concentré leurs efforts sur la documentation du siècle écoulé.

Il convient enfin de ne pas oublier que le Cartulaire, même s'il délivre, et de loin, l'accès le plus large aux trésors archivistiques de l'abbaye, n'est pas la seule compilation lancée par les moines au XIIIe siècle (un petit dossier à part, on ne sait pas précisément si ces entreprises ont eu des précurseurs aux siècles précédents) :

Parrallèlement, puis dans les premières décennies du XIVe siècle, on réalisa une série de cartulaires spécialisés, entreprise manifestement interrompue et qui, pour quelques domaines ou offices claustraux, vient doubler et prolonger le Cartulaire blanc6.

Notes

1 Paris, Archives nationales, LL 1157-1158.

2 Arch. nat., LL 1174.

3 Arch. nat., LL 1156, très endommagé.

4 Arch. nat., LL 1159.

5 Bibl. nat. de Fr., lat. 5415.

6 Liste reprenant les données de : Rolf Grosse, « Remarques sur les cartulaires de Saint-Denis aux XIIIe et XIVe siècles » , dans Les cartulaires, actes de la table ronde…, Paris, 1993 (Mémoires et documents de l'École des chartes, 39), p. 279-288.

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