Le Cartulaire blanc de Saint-Denis
Olivier Guyotjeannin
Principes d'édition scientifique et technique
Organisation du travail
Pour avancer utilement, nous avons dû faire des choix, qui amènent à
sacrifier pour l'heure certaines des exigences d'une édition
scientifique achevée.
Compte tenu de la masse documentaire, l'édition ici présentée
résulte d'un compromis entre le parti de l'édition d'un unique
témoin, dont on suit l'ordre, dont on conserve la numérotation et
dont on reproduit le texte (sauf bévue manifeste), et le parti
inverse d'une édition de chartrier, où tous les témoins sont
recherchés avant établissement du texte. Après un premier essai dans
cette dernière direction (en visant l'édition de tous les actes
jusqu'à 1220), nous avons pris la décision de nous consacrer d'abord
au Cartulaire blanc et à l'ensemble de ses
transcriptions (richissimes, sous tous aspects, pour l'ensemble d'un
XIIIe siècle trop souvent délaissé par
les historiens). Nous avons alors cherché à compenser les effets
néfastes les plus évidents de l'édition d'un unique témoin :
- en recherchant parallèlement (mais, dans un premier temps,
seulement par grandes masses) les originaux
correspondants encore conservés, afin de mesurer au moins
grossièrement les bévues possibles du Cartulaire, comme l'état
de la tradition et éventuellement les principes de la sélection
opérée par les compilateurs ;
Sont prospectées
systématiquement aux Archives nationales : les séries L et S
; les cartons correspondants de la sous-série Q1 ; le début
de la série K, Cartons des rois (d'après l'inventaire publié
; on a vérifié qu'aucun document intéressant Saint-Denis ne
se trouvait dans le carton K 906, Baux, ni dans K 1169A,
Documents sur des localités parisiennes). Aux Archives
départementales des Yvelines, la série D, qui renferme entre
autres les archives de la Maison royale Saint-Louis à Saint-Cyr.
- en essayant de suivre le traitement des actes par les
archivistes monastiques dans trois «
inventaires
» d'une rare richesse, les deux premiers (fin XIIIe-début XIVe
siècle) pour la formulation de leurs regestes (qui sont
intégralement édités dans le tableau de la tradition), le
troisième (fin XVIIe-début XVIIIe siècle) parce qu'il permet de faire le
point sur l'état du chartrier un petit siècle avant sa nationalisation.
Pour l'heure, nous ne procédons ni à la recherche des copies
modernes, ni à la collation des autres cartulaires médiévaux, à
l'exception du cartulaire dit « de Thou » (Bibl. nat. de Fr.,
lat. 5415) , et des cartulaires spécialisés du XIIIe au XIVe siècle (Arch. nat.), conservés pour un
certain nombre de domaines, et dont le contenu sera, le cas échéant,
étudié dans les introductions particulières aux chapitres concernés.
Les actes royaux et pontificaux disposant déjà d'une édition
satisfaisante sont simplement mentionnés.
a. Les originaux
Dans l'introduction à chaque chapitre édité, un alinéa spécial
donne la liste limitative des articles où les originaux ont été
recherchés. Dans le fil de notre édition, ceux qui ont été
retrouvés sont simplement mentionnés au tableau de la tradition
(sous la lettre A), sans description ; on
ne donne leurs leçons que lorsqu'un mot ou un passage a semblé
étrange ou déformé dans le Cartulaire blanc.
b. Les « inventaires » d'archives
Les trois inventaires retenus sont mentionnés dans la rubrique
« Indiqué » du tableau de la tradition de l'acte.
- Les regestes des copies du Cartulaire blanc procurés par
l'Ancien inventaire noir (Arch. nat., LL 1184 ; cité « Anc.
inv. noir » ) y sont édités de façon exhaustive.
Les
rares variantes fournies par la copie, dite
« Inventaire jaune » (Arch. nat., LL 1186 ; cité
« Inv. jaune » ), qui ne soient pas de forme, sont
signalées à cet endroit.
- Les regestes de l'Ancien inventaire jaune (Arch. nat., LL
1185 ; cité « Anc. inv. jaune » ) sont plus difficiles à
repérer car son rédacteur ne résume pas le Cartulaire blanc,
mais analyse les originaux. Cartulaire sous les yeux, le
repérage des actes dans les regestes (toujours dépourvus de
date, et souvent plus techniciens) est la plupart du temps
assez sûr pour que l'on ait décidé de reproduire aussi les
textes de ce deuxième inventaire.
On édite à leur place,
sans les signaler comme telles, les corrections portées
par une main de peu postérieure, sauf si elles modifient
le sens (elles sont alors placées entre < >).
- Collation faite sur des échantillons, on a décidé de ne
pas tenir compte des mentions de l'inventaire entrepris à la
fin du XVe siècle et recopié en
1520 (Arch. nat., LL 1187 ; cité « Inv. de 1520 » ), sauf
cas d'espèce : ses regestes, qui sont de faible intérêt en
dehors de l'histoire des archives à l'extrême fin du Moyen
Âge, sont parfois hâtifs, souvent très difficiles à
attribuer à un acte précis, certains actes étant mentionnés en
bloc, d'autres plus nombreux étant ignorés, alors qu'ils sont bien
connus au XVIIIe siècle.
- On a par contre recherché systématiquement la trace des
actes dans l'Inventaire général chronologique (cité « Inv.
gén. I » et « Inv. gén. II » , pour les deux
premiers volumes, Arch. nat., LL 1189 et LL 1190,
respectivement des origines à 1224, et de 1225 à 1300).
Comme on l'a dit, le seul problème réside dans le classement
aléatoire des actes non datés, que nous ne pouvons espérer
retrouver systématiquement que lorsque le travail de
pointage sera mieux avancé.
On indique seulement si l'Inv. gén. mentionne un original non
retrouvé, mais sans reproduire ses regestes, en général fort
soignés, qui n'ont guère plus d'intérêt que pour l'histoire de
l'érudition moderne, ou pour jauger la qualité des analyses
d'actes autrement perdus — un volet de l'enquête que
nous négligeons pour l'instant.
Conventions de présentation
On ne signale ici que les conventions particulières adoptées,
puisque pour le reste on s'applique à suivre les règles françaises
usuelles en la matière (voir École nationale des chartes, Conseils
pour l'édition des textes médiévaux, t. I-II, Paris, 2001). Dans le
fil de l'édition, le Cartulaire blanc est désigné par l'abréviation
« Cart. blanc » . Dans le tableau de la tradition et
l'apparat, la lettre B lui est systématiquement réservée.
-
Numéro d'acte
Pour faciliter les références, le numéro attribué à chaque
acte reproduit au plus près possible la numérotation attribuée
aux transcriptions du Cartulaire blanc, simplement ramenée à une
numérotation en chiffres arabes et précédée du nom du chapitre,
traduit ( « Tremblay » pour de Trambleio) et au besoin
simplifié (premier nom de lieu cité de plusieurs ; les formes
françaises choisies figurent dans la table des chapites du
cartulaire).
La désignation « Tremblay 12 » désigne
ainsi, par exemple, l'acte numéroté « XII » du chapitre
De Trambleio. On a dû tenir compte de quelques repentirs ou
erreurs de numérotation du Cartulaire blanc ; le fait est
signalé en introduction aux actes concernés, mais se voit
aussi dès le numéro donné à notre édition de l'acte :
- En général, le responsable de la numérotation des
actes dans le cartulaire (opération postérieure à la
compilation et à une première relecture) n'affecte pas
de numéro spécial à un acte venant en annexe à un autre
(souvent parce qu'il n'a pas lui-même de cote propre,
étant attaché à celui qu'il complète) ; dans ce cas,
nous affectons le même numéro, distingué par les lettres
a puis b, aux deux actes.
- De même, un acte cancellé avant la numérotation du
recueil ne porte pas de numéro propre ; nous lui
attribuons le numéro de l'acte suivant ; l'un et l'autre
sont à nouveau distingués par a et b.
- Le même phénomène peut être dû à une simple mégarde,
et notre numérotation suit le même principe.
- Dans le cas enfin où un numéro a été sauté par
mégarde, l'acte concerné porte un double numéro, celui
qui lui est donné dans le cartulaire et le numéro omis
(p. ex. 10-11 s'il est numéroté X et l'acte suivant XII).
-
Date
Lorsque nous devons recourir, pour recoupement, à des dates
d'abbatiat, nous reprenons pour l'heure les dates suggérées par
le Gallia christiana, sans engager de recherches propres.
-
Tableau de la tradition
Sous la rubrique « INDIQUÉ » figurent successivement :
- les références aux trois inventaires où il nous a
semblé intéressant de rechercher trace des actes (avec
édition des regestes des deux plus anciens : voir ci-dessus),
- les mentions faites de l'acte par des ouvrages
d'érudits et historiens, pour autant que nous les
rencontrions, sans recherche systématique.
-
Établissement des textes
Les notes qui suivent procèdent de remarques ponctuelles,
faites sur les actes déjà édités. Elle seront progressivement
enrichies.
- Lorsque des noms propres abrégés dans le Cartulaire
peuvent être développés sans hésitation, les lettres
restituées figurent entre parenthèses : ainsi, par
exemple, H' transcrit H (ugo) .
- On a écrit en un seul mot
“lidit”,
“ledit”,
“ladite” etc. ;
“audit” etc. ;
“dudit” etc. ;
“esdit” etc. ; mais laissé en deux
mots “devant dit” etc., et
“desus dit” etc.
- Noms composés de lieux.
Villepinte : les rares cas
où le nom n'est pas cité au nominatif ou à l'ablatif
entraînent flexion des deux éléments
(“villam” et
“pictam”), certes dans des
textes assez anciens. On a donc laissé le nom latin
en deux mots, munis chacun d'une majuscule à
l'initiale (Villa Picta). Pour l'ancien français, on
a suivi l'usage du français moderne (Villepainte en
un mot).
- On a transcrit « desorendroit » l'adverbe de temps,
qu'il soit noté « desorendroit » ( « des » avec s
médian long, p. 486) ou « des orendroit » ( « des »
avec s final, p. 489) ; mais coupé « des ores en
avant » (comme « des ores » ).
-
Établissement des textes
Les abréviations ou lettres ambiguës ont été restituées comme
suit en reproduisant certaines lectures attestées par ailleurs :
« tournoiz » (en toutes lettres à la p. 480)
« convent » , et non « couvent » , même si la troisième
lettre ressemble plus parfois à celle du « u » que du
« n » , car la graphie, plus conforme à l'étymologie comme
au droit, est bien abrégé « 9vent » (p. 486) et
« cõvent » (p. 479).
Titres cités de façon abrégée
Atlas de Saint-Denis = Atlas historique de
Saint-Denis, des origines au XVIIIe
siècle, dir. Michaël Wyss, Paris, 1996 (Documents
d'archéologie française, 59).
Doublet = dom Jacques Doublet, Histoire de l'abbaye de
Saint-Denys en France, Paris, 1625.
Félibien = dom Michel Félibien, Histoire de l'abbaye royale de
Saint-Denis en France…, Paris, 1706 [les
pièces justificatives données en fin d'ouvrage ont une pagination
séparée, en chiffres arabes].
Grosse = Rolf Grosse, Papsturkunden in Frankreich,
Neue Folge, 9. Band, Diözese Paris, II, Abtei
Saint-Denis, Göttingen : Vandenhoeck & Ruprecht,
1998, 257 p. (Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in
Göttingen, Philologisch-historische Klasse, Dritte Folge, 225).
Lebel, Catalogue = Germaine Lebel, Catalogue
des actes de l'abbaye de Saint-Denis relatifs à la province
ecclésiastique de Sens de 1151 à 1346, Paris, 1935.
Sonzoni = Daniel Sonzoni, Le chartrier de l'abbaye de Saint-Denis en France au haut Moyen Âge, essai de reconstitution. Saint-Denis, 2003 (Pecia, ressources en médiévistique, t. 3)
Lebel, Histoire = Germaine Lebel, Histoire
administrative, économique et financière de l'abbaye de
Saint-Denis, étudiée spécialement dans la province
ecclésiastique de Sens, de 1151 à 1346, Paris, 1935.
Suger, Œuvres = Suger,
Œuvres, t. I, Écrit sur la
consécration de Saint-Denis, L'œuvre administrative,
Histoire de Louis VII, t. II, Lettres de Suger,
Chartes de Suger, Vie de Suger par le moine Guillaume,
texte établi, traduit et commenté par Françoise Gasparri, Paris,
1996-2001 (Les classiques de l'histoire de France au Moyen Âge, 37
et 41).
Principes techniques
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Pour en savoir plus : guide du balisage appliqué à l'édition du Cartulaire blanc par l'Ecole nationale des chartes. Si vous avez des questions, des renseignements ou des commentaires, vous pouvez contacter l'éditeur électronique Gautier Poupeau.