Aujourd’hui, le thème de la mémoire médiévale est plus que jamais à la mode, avec des angles d’approche très variés. Les archéologues continuent à s’intéresser à la disposition et à la signification des "cimetières rangés". Les diplomatistes s’interrogent sur la fonction de memoria des actes juridiques et des cartulaires. D’autres historiens étudient les pratiques de la méditation monastique et la machina memorialis. A côté de ces documents, les obituaires présentent la particularité d’avoir conservé le souvenir de personnages ou de groupes dont on a rarement gardé la mémoire par ailleurs et dont on a longtemps sous-estimé l’importance.
Au Moyen Age, la memoria facilitait la séparation des morts et des vivants, et rapprochait les vivants. Dans les registres obituaires, les messes anniversaires, les prières, les fondations, et dans les confréries, on devine qu’elle fut un instrument de cohésion sociale important. Or l’étude de la société romarimontaine bénéficie pour cette époque d’un extraordinaire fonds d’archives. Les chartes rédigées par ou pour les chanoinesses de Remiremont, leurs registres de comptes et leurs recueils nécrologiques sont conservés en assez grand nombre et se trouvent complétés par les documents relatifs aux prieurés dépendants de cette abbaye, en particulier le Saint-Mont.
Cette petite communauté, berceau des fondateurs de la grande abbaye voisine, et installée à proximité immédiate de celle-ci, a entretenu des relations étroites avec l’abbaye des chanoinesses, servant les dames mais profitant aussi largement de leur soutien. L’obituaire conservé à la Médiathèque du Pontiffroy de Metz sous la cote ms 1156, ouvert en 1406 par le prieur du Saint-Mont, est un témoin de cette cohabitation et il offre l’exemple rare d’une abbaye et de son prieuré qui conservent des obituaires.
L’obituaire du Saint-Mont a attiré l’attention de nombreux érudits : Françoise Robin y a travaillé dans le cadre d’une maîtrise ; Danièle Heili y a consacré une partie de son temps. Pour l’édition qui suit, plusieurs aides m’ont été précieuses, Françoise Vielliard pour ses conseils d’édition, Georges Poull pour des identifications de lieux et de personnes, Madeleine Hénin pour la relecture. Mes remerciements les plus chaleureux leur sont en premier destinés. Ils vont aussi à celles et ceux qui m’ont encouragée, conseillée, soutenue, et très particulièrement à monsieur Michel Parisse. Enfin sans l’accueil de l’Ecole des chartes, d’Olivier Guyotjeannin et de Gautier Poupeau, ce travail n’aurait connu aucune diffusion, ma reconnaissance leur est acquise.