[01 janvier] A. Kl. januarii.
Obiit. Circuncisio Domini. In
nomine Domini, amen. Nos, G.1,
priour, et tout li convent de l’accleise de Rombech2, pres de Romarimont, de l’ordre sainct
Augustin3, du dyocise de Toul, sen nunl moyen appartenent au
Sainct Siege de Rome, considerans et resguardens la charge et le peril
de conscience pour
le temp ai advenir, de certeinne science, et par bone et mahure deliberation sur ce heue, par commui
acort, avons
ordenei et establi, ordenons et establissons ai tousjours en
perpetuiltei4 pour nos, et pour nos successors, de faire et celebrer
solenneement en nostre dicte encleise, les anniversaires, services, et aultres divins offices5
acostumeis, pour les persones escriptes en cest livre. C’est asavoir
especialment por nos ancessors, chanoinnes,
confreres6, bienfactours, recommandeis et
tous bons amis, desquels et pour lesquels nous
aivons recehuz les almosnes et
bienfais, en censes, en rentes, et en somme
d’argent, de quoi nos avons acquestei
generalment censes et
rentes, pour et ou nom de nostre
dicte ecclise de Rombech, en plusors et divers leus et persones. /
[02 janvier] b. IIII nonas.
Obiit. / Lesquels censes
sunt assigneis, specifieis, et diviseis en chascun leu et jour
des dis anniversaires, en
la forme et maniere apres escripte et devisee. Et est encor assavoir,
quar de anciens us et costumes du temp passei, et ensi comme nos
l’avons trovei par nos ancessors. Nous
sumes tenui de dire et celebrer chascun lundi7 de
l’annee, une messe de Requiem8, et Exeques9 en portant l’eaue benoicte par le cimitiere,
et vigile des trespasseis
au
diemoinge
devant, pour les aimmes de nos predecessours,
chanonnes, confreres, sorous,
bienfactours, recommandeis, et
amis, anciens et novels, par lesquels
nostre dicte ecclise est edifiee et maintenue. Ceu fut fait,
l’an de graice nostre Signour courrent par mil quatrecens et
seix, la vigile de feste de nostre pere s[ainct]
Augustin. Exeptees les sepmainnes de Nativitei, de Pasche et
de Penthecoste.
[03 janvier] c. III nonas.
Obiit.
[04 janvier] d. II nonas.
Obiit.
[05 janvier] e. Nonas.
Obiit.
Notes
1. G[uillaume] de La Perche (ou La Perchatte ou La Perchoite, pour les variantes orthographiques les plus courantes) est originaire de Remiremont. Son nom n’est pas sans rappeler La Perchotte, lieu-dit de la commune du Val d’Ajol. Il était simple preste chanonne regulier er aprovendei du Saint-Mont en 1387-1389 (ADV, VII H 8 et 29), puis devint prieur entre 1405 et 1425. Il fonde son obit au Saint-Mont en 1405 (OSM 26-27 nov.), avant de faire ouvrir cet obituaire l’année suivante. Des documents assez nombreux ont conservé le souvenir d’une honorauble et religiouse personne et d’un gestionnaire actif. Voir l’introduction.
2. Cette appellation a désigné la montagne où était installée la communauté du Saint-Mont puis la communauté elle-même.
3. A la fin du XIe siècle, les deux prieurés romarimontains nouvellement fondés du Saint-Mont et d’Hérival ont adopté la règle des chanoines réguliers de saint Augustin. Saint Augustin est cité à cinq reprises dans cet obituaire : l’ordre de saint Augustin (dès le 1er janv.), la fête du saint (2 janv., 10 mars, 28 août), et sa translation (11 oct.). Les chartes de donation précisent souvent Rombech... de lordre sains Augustin de lai diocese de Toul appartenent sens nulz moien au saint siege de Rome.
4. La perpétuité est peu évoquée (24 occurrences du mot ou de ses dérivés) alors qu’elle figure dans presque tous les actes de donation. Elle qualifie aussi bien la fondation, le service religieux demandé, ou les redevances : establissons ai tous jours en perpetuiltei pour nos et pour nos successors, de faire et celebrer solenneement en nostre dicte encleise, les anniversaires, services et aultres divins offices, acostumeis, pour les persones escriptes en cest livre ; nos sumes tenui et obligiei a tous jours en perpetuiltei, de dire et celebrer dous messes de Requiem ; Le 7 janvier une messe basse a perpetuité fondée par Gaspard Le Comte ; nostre usuaire en bois, et en eaues pour toutes necessiteis, sen faire vendaige ai aultrui, a possider a tousjors perpetuelment ; loer, aggreer, consentir, ratifier et confermer perpetuelment, ; pour lour anniversaire sont assignez V gros de cens perpetuelz en l’aquest dez XVI gros de cens fait a Albert de La Traihe ; pour l’anniversaire desquels nos avons assignei I florin de cens annuel et perpetuel ; Mauricius de Archis nobilis miles, anno Domini M° CCC° quinquagesimo quarto, qui dedit nobis in perpetuum pro anniversario suo decem libratas terre Turonensium parvorum ; pour avoir memoire perpetuelle...
5. Sur ces divers modes de commémoration, voir l’introduction.
6. Cette appellation gagne parfois en précision : confrater noster désigne des chanoines de Remiremont, tandis que les chanoines du Saint-Mont sont qualifiés de confrere de ceans .
7. Le Saint-Mont se conformait à la règle qui voulait que, chaque lundi (jour de reprise des tourments pour les morts selon certains liturgistes comme Jean Beleth), on célébrât l’office des morts, on allât en procession au cimetière (peut-être avec la famille), on donnât l’absoute générale et qu’on dît les prières pour les défunts. Le lundi est le jour le plus souvent cité dans l’obituaire (6 janv., 15 févr., 22 juil., 23 sept., 13 déc...).
8. On distingue les messes chantées et les messes basses. Les messes basses de Requiem sont les plus réclamées car bon marché. Les messes chantées sont plus solennelles. C’est une messe chantée que réclame l’abbesse Jeanne d’Aigremont : Item ait encor li devandicte dame Jehanne d’Aicremont, abbesse, ordeneiz de celebrer et chanter a note une messe de Requiem en nostre dicte eccleise, c’est assavoir le premier mardi de chascun mois de l’an, ai tous jours maix en perpetuitei (1404, 13 mars).
9. Les Exequies sont un office pour les défunts célébré même si le corps est absent. Ici, ce sont plutôt des prières récitées au cimetière chaque lundi de commémoration.