GOUPIL Jean-Baptiste, Michel, *Adolphe

Nom: 
GOUPIL
Prénom: 
Jean-Baptiste, Michel, *Adolphe
Date de début d'activité: 
01/08/1845
Date de fin d'activité: 
01/01/1886
Adresses professionnelles: 

2, place de l'Opéra (1886)
9, rue Chaptal (1868)
19, boulevard  Montmartre (1852)
15, boulevard Montmartre (1835) magasin
12, boulevard Montmartre (1829)

289, Broadway (New York)

Ville - Département: 
Paris
Adresse personnelle: 

12, rue d'Enghien 1852
7, rue de Lancry (1845)
9, rue Chaptal

Informations personnelles: 

Il est né le 11 mars 1806 à Paris. Son père était pharmacien. Il est marié et père de 5 enfants. Il aurait fait quelques études de peinture. Il est électeur et le rapport de 1852 le juge "homme d'ordre [...] ayant des sympathies pour la maison d'Orléans".  Il est fait chevalier de la Légion d'honneur le 8 février 1850, officier le 29 septembre 1877 ; son parrain est le peintre Gérôme, qui a épousé en 1863 sa fille Marie.
Il meurt  le 9 mai 1893.

Informations professionnelles: 

En 1829, il ouvre un magasin d'estampes et d'objets d'art, doublé d'une imprimerie en taille-douce. Il s'est pour cela associé avec un autre marchand d'estampes installé à Paris depuis 1827, Joseph Henry Rittner, qui deviendra, en 1834, son beau-frère. Après la mort de celui-ci en 1840, Goupil s'associe avec Théodore Vibert qui apporte dans la société la maison de commerce de son beau-père. Vibert  et Goupil demandent l'un et l'autre un brevet de lithographe, mais l'administration juge que le second serait sans utilité ; c'est Goupil qui reçoit le brevet . Il reçoit aussi celui de taille-doucier le 14 juillet 1852 quand la nouvelle règlementation l'exige. Ayant profité dès l'origine des liens familiaux de Rittner en Allemagne, il étend son réseau et exporte ses estampes à Londres, Berlin, New-York, Vienne, Bruxelles, La Haye (où il s'associe en 1861 avec Vincent  Van Gogh, l'oncle du peintre), villes où il a ouvert des succursales entre 1845 (New York, Londres) et 1866.
En 1852, il possède 6 presses en taille-douce et emploie 12 ouvriers "d'élite", éditant pour 900 000 F d'estampes chaque année. Pour ses ateliers et  magasin, il paie 17 000 F de loyer. "Il doit être considéré comme le seul fabricant éditeur de grandes estampes au burin, à la manière noire et à l'aquatinte existant à Paris", dit de lui, en 1852,  l'inspecteur Gaillard qui ne prend en compte que sa production de gravures, puisqu'il n'instruit que sa demande de brevet pour la taille-douce. En réalité, l'entreprise de Goupil est beaucoup plus importante ; elle édite beaucoup d'estampes imprimées par d'autres : Lemercier, Benard, Thierry, Godard (Annales de la Révolution française de 1848), Cattier ou Jacomme, pour les lithographies. Elles relèvent de genres très divers :  paysages, scènes d'actualité,  portraits de célébrités (de tout bord politique, comme en témoignent  ses « Hommes du jour », soit 150 portraits  qu'il a édités depuis 1848 dont la famille d'Orléans, mais aussi des révolutionnaires comme Cabet, Proudhon ou Raspail).  Pour sa propre production, il se spécialise dans la reproduction d'oeuvres d'art du passé ou d'oeuvres contemporaines présentées au Salon, et offre ainsi une audience démultipliée à des toiles appréciées du public comme La Mort de Léonard de Vinci d'Ingres ou la mélodramatique Jane Gray de Paul Delaroche. Il privilégie la gravure en taille-douce, mélangeant plusieurs techniques, comme le note Gaillard. Toutefois, il s'intéresse très tôt à la photographie, participant à l'édition des Excursions daguerriennes de Lerebours et commence en 1853 à l'utiliser pour la reproduction d'oeuvres d'art ; il faut cependant attendre les années 1860 pour que la photographie concurrence les autres techniques. Toujours à la recherche de nouveaux procédés permettant d'abaisser les prix tout en offrant une reproduction fidèle, il adopte la photoglyptie (ou Woodburytype, pour lequel il prend un droit d'exploitation en France en 1867), puis la photogravure  en1873. Ainsi, jusqu' à la fin du siècle, l'imprimerie Goupil fournira en photos d'artistes les revues telles que la Galerie contemporaine littéraire et artistique (1876-1884) de Baschet, le Paris-illustré (1883), le Paris artiste (1883-1886), les Camées artistiques, et en reproductions d'oeuvres catalogues d'expositions et livres d'histoire de l'art. La lithographie partage donc avec beaucoup d'autres techniques les 31 000 images produites entre 1846 et 1919.
Ces innovations lui valent de nombreuses récompenses : une médaille d'argent à l'Exposition universelle de 1855, d'or à celle de 1867, une médaille de progrès à celle de Vienne en 1873 ainsi que deux médailles et un diplôme d'honneur à l'exposition de Philadelphie en 1876, enfin, une médaille d'or à l'Exposition universelle de 1878.
Parallèlement, Goupil se met à vendre dessins et tableaux. Commencée en 1846 avec les dessins préparatoires à la transposition gravée des tableaux , cette activité prend son plein essor à partir de 1860. Il achète à des artistes contemporains (Gérôme, Delarcohe, Scheffer, Cabanel...) leurs oeuvres qu'il expose et revend au rez-de-chaussée de son immeuble de la rue Chaptal, comme un galeriste ; en même temps, il acquiert leurs droits de reproduction qu'il utilise pour les répliques en différents formats qu'il fait exécuter en peinture dès 1851, ou pour des estampes. Cela explique pourquoi on  trouve dans son dossier beaucoup d'actions engagées par Léon Boussod, entré en 1855 dans l'imprimerie, pour contrefaçon concernant la production de lithophanies et autres objets (plateaux de tôle, camées, bijoux, stores, vases...) décorés de reproductions d'oeuvres dont il possède les droits. Schulgen et Schawann, par exemple, sont condamnés à lui payer 1 000 F de dommages et intérêts (au lieu des 40 000 demandés!) En revanche, l'inspecteur Gaillard se plaint qu'il oublie souvent de déposer ses estampes, comme la loi du 17 février 1852 lui en fait l'obligation ; ainsi, le 15 septembre 1853, il expose une estampe non autorisée. Cette négligence  perdurera puisque  le 3 février 1876, il est encore rappelé à l'ordre pour le dépôt tardif d'un livre.
En 1884, il abandonne la direction de l'entreprise à Léon  Boussod et René Valadon, pour n'en rester que le commanditaire, avant de se retirer définitivement en 1886. La société devient "Goupil et cie. Boussod, Valadon et cie successeurs", puis, avec l'arrivée de nouveaux associés, "Boussod, Manzi, Joyant et cie" en 1892.

Grande réussite commerciale, l'imprimerie Goupil est le plus grand diffuseur en France de l'art académique. Les années de direction (1882-1890) par Théo Van Gogh du magasin du boulevard Montmartre furent  une parenthèse que Maurice Joyant fut chargé de fermer, en faisant oublier "ces choses affreuses des peintres modernes [càd les impressionnistes] qui sont le déshonneur de la maison", selon Boussod.

 

Bibliographie Sources: 

Archives nationales F18 1771
Archives de la Légion d'honneur, LH/1178/19    www2.culture.gouv.fr/LH/LH082/PG/FRDAFAN83_OL1178019v001.htm

 Vente aux enchères publiques... de planches gravées et lithographiées, publiées par la maison Goupil et Cie ,1881.

Lafont-Couturier (Hélène), "La maison Goupil ou la notion d'oeuvre originale remise en question", Revue de l'Art, 1996, n°112, p. 59-69.  www.persee.fr/doc/rvart_0035-1326_1996_num_112_1_348269

Remarques: 
À la liquidation de la maison Goupil, le fonds fut acheté par un marchand d'art bordelais, puis acquis par la ville de Bordeaux auprès de son descendant. Constitué de 70 000 photos, 46 000 estampes, 7 400 matrices, etc., il est aujourd'hui conservé au Musée d'Aquitaine. Revu E. P., 30/01/2020.