AUBERT Gabriel

Nom: 
AUBERT
Prénom: 
Gabriel
Date de début d'activité: 
12/02/1836
Date de fin d'activité: 
10/09/1847
Adresses professionnelles: 

Passage Véro-Dodat / 10, rue du Bouloi (1836)
1, place de la Bourse et 14, rue de la Bourse (1841)
29, place de la Bourse (1844)

Ville - Département: 
Paris
Informations personnelles: 

Il est né le 24 juillet 1784 à Lyon. Son père était maître sellier. Il a épousé le 3 juin 1818, Marie, une demi-soeur de Charles Philipon ; ils ont deux filles. Il est notaire à Mâcon de 1820 à 1824, mais doit vendre sa charge à la suite de spéculations hasardeuses. À la suggestion de son beau-frère, il vient s'installer à Paris en 1829. Il s'est préalablement séparé "quant-aux-biens" de sa femme pour préserver ses biens propres, plus de 11 000 F, sur lesquels elle reconnaît 3 000 F à son mari. C'est elle qui signera l'accord de société avec son frère ; bien qu'elle ait donné pouvoir à son mari, elle continuera à signer elle-même de nombreux papiers.
Il meurt le 16 mars 1847.

Informations professionnelles: 

 Les Aubert s'associent avec Charles Philipon pour l'édition d'estampes le 14 décembre 1829 et mettent bientôt en vente, d'abord en collaboration avec Hautecoeur Martinet, un album pour enfants, puis des lithographies à caractère léger comme Philipon en produit depuis plusieurs années (Mascarade improvisée, Le Chauffe-lit, Occupations d'une femme). À partir d'août 1830, cette production prend un caractère politique, en s'attaquant au régime déchu, puis, en janvier 1831, à celui de Louis-Philippe. Au "magasin des Caricatures d'Aubert", celui-ci gère les souscriptions et commercialise les lithographies des revues satiriques animées par Philipon : La Caricature (30 novembre 1830), puis Le Charivari (octobre 1832), de moins bonne qualité matérielle, mais plus agressif. À ce titre, en 1831-1832, il se retrouve inculpé 4 fois, en même temps que les auteurs des caricatures, avec Delaporte l'imprimeur. Si Aubert et Delaporte sont acquittés lors des premiers procès, la justice se montrant de plus en plus sévère à l'égard de la presse satirique après l'affaire de "la poire", Aubert est condamné avec Daumier et Delaporte à 6 mois de prison (non effectués pour Aubert) et 500 F d'amende le 7 janvier 1832 pour une lithographie parue dans La Caricature, représentant Louis-Philippe en Gargantua avalant l'argent des pauvres. Philipon lui-même, mais aussi Monnier, Grandville, Alophe, Raffet, Daumier, Traviès, Pigal multiplient les charges satiriques qu'impriment Langlumé et surtout son successeur Delaporte, Ratier et son successeur Delaunois, Becquet. Ces lithographies, de tonalité de plus en plus républicaine, sont souvent saisies et, pour renflouer ses journaux, Philipon crée, en 1832, l'Association mensuelle pour la liberté de la presse qui propose, pour chaque numéro, une grande lithographie ; la "Rue Transnonain, 15 avril 1834" de Daumier, affichée avec succès à la vitrine d'Aubert, sera la 24e et dernière. La loi du 9 septembre 1835 soumettant la publication des estampes à une autorisation préalable  met fin à toute cette production.
Parallèlement, comme le montre la vitrine d'Aubert croquée par Philipon, il fait commerce d'estampes éditées par des confrères (Panorama historique ancien et moderne, ou Collection de 450 portraits des personnages les plus célèbres de l'histoire, Vues des chefs-lieux de la France), et édite des publications moins dangereuses comme La Revue des peintres, copies de tableaux, aquarelles et dessins des artistes modernes... qui propose chaque mois 5 estampes (mai 1834), les Matériaux du Dessinateur (sur étoffes), dessinés par Tony Boussenot (1835-1838) ; des Études académiques, Cahiers d'ornements, Feuilles de décoration... En 1836, dans sa demande de brevet, Aubert peut affirmer : "J'ai fondé à Paris une maison d'édition qui occupe un très grand nombre d'artistes et publie une quantité d'ouvrages égale au moins en produit de la moité des autres masions d'éditon réunies [...]. J'ai entrepris beaucoup d'ouvrages d'art, d'études et de matériaux pour les différentes manufactures", faisant allusion à ses feuilles de décoration, mais passant évidemment sous silence les estampes politiques qui lui ont valu condamnation.
Depuis 1835, il utilise les services du lithographe Junca dont l'administration le soupçonne d'être le commanditaire, mais, en 1836, il sollicite un brevet de lithographe à son nom, pour, dit-il, abaisser les coûts de fabrication et donner plus d'expansion à son commerce par l'exportation. Il est vrai que la société traverse une période financièrement difficile due aux amendes, à la baisse des tirages des revues, à l'obligation de cautionnement des journaux et à une expansion peut-être insuffisamment maîtrisée (le loyer est passé de 1 200 F pour le premier local du 12 passage Véro-Dodat à 3 000 F pour celui du 38, en 1832, auquel il faut ajouter celui de la galerie Colbert pour le Charivari) ;  la société a dû empruner plus de 12 000 F à Véro et Dodat. La Lettre mensuelle a disparu ; La Caricature, qui avait introduit de la publicité, suspend sa publication ; Aubert propose aux particuliers de faire pour 50 ou 60 F des portraits sur pierre en une seule séance et 50 exemplaires....  La demande de brevet ne soulève pas d'objection car "le sieur Aubert paraît avoir compris le danger et surtout l'inutilité du genre d'opposition politique qu'il a exploitée à la suite de la révolution de Juillet. Elles sont remplacées par des têtes d'études, des académies, des principes de dessin et des fleurs. Il édite en ce moment de nombreuses collections de ce genre." Le préfet de Police remarque par ailleurs que, "inscrit sur les contrôles de la Garde nationale, il fait son service exactement et a pris l'uniforme malgré les incitations de ses anciens amis qui l'engageaient à faire cause commune avec les récalcitrants." Il le peint comme "un homme de médiocre capacité" dont les habitudes et le langage sont ceux d'un ouvrier plutôt que d'un chef d'établissement, et conclut : "Aussi est-ce son beau-frère Philipon et non lui, qui est l'âme de l'établissement du passage Véro-Dodat". De plus, le Préfet voit dans l'attribution du brevet à Aubert une façon de le rendre nominativement responsable des impressions réalisées par son prêt-nom Junca ; il est donc breveté lithographe. Il est également breveté libraire le 10 septembre 1841 sans débat : outre ses compétences et sa bonne réputation, le rapport d'enquête note  que "sous le rapport politique, il y aurait depuis un temps assez notable un grand amendement dans la conduite du sieur Philipon et, par contre-coup, dans celle du sieur Aubert. Serait-ce l'effet d'un retour sincère à des opinions plus modérées ? ou bien ne serait-ce que le résultat forcé des pertes d'argent et des embarras qu'ont occasionnés à cette maison les procès politiques qu'elle s'est attirée dans le temps ? C'est ce qu'on ne saurait apprécier à fond. Toujours paraît-il que l'activité de Philipon et par suite tout ce dont est capable le sieur Aubert est concentré actuellement sur des opérations commerciales dégagées de toute connexion avec la politique, mais le chiffre des affaires de cette maison est encore très important." Ce brevet lui permet d'étendre son commerce des estampes à celui des ouvrages illustrés d'éditeurs, mais aussi aux nombreuses (plus de 30, soit les 3/4 de la production) physiologies qu'il édite entre 1839 et 1842, illustrées sur bois debout de "60 à 90 dessins inédits exécutés par les caricaturistes les plus estimés" (et de ses amis), Daumier (Physiologie de la portière, du poète...), Monnier (Physiologie du bourgeois), Gavarni (Physiologie de la grisette, de l'écolier, de la femme...), Alophe, Valentin, Forest, Vernier...
 La marque de la maison Aubert, son originalité et sa plus grande gloire, reste la satire ; ne pouvant plus être politique depuis 1835, elle se fait satire des moeurs du temps. Le Charivari, politiquement assagi et  La Caricature provisoire, ressuscitée en 1838, continuent de dominer le marché de la caricature avec le travail, regroupé sous forme de séries, des meilleurs dessinateurs ; Roubaud crée les fameux portraits-charges de son Panthéon charivarique où figurent acteurs, musiciens, auteurs, peintres..; Daumier fait rire du bourgeois à travers ses 101 Robert Macaire et ses  Gens de justice, Locataires, Bons Bourgeois..., ou parodie L'histoire ancienne ; Gavarni, lui, cherche motif à rire dans Les coulisses tandis qu'Henry Monnier se moque de ses Contemporains ; Cham, sans doute inspiré par Töpffer dont l'Histoire de M. Crépin a été publiée par Aubert en 1839, utilise pour quelques récits la forme de la bande dessinée, mais est proche de Daumier pour ses Turlupinades (1846) et ses nombreuses lithographies satiriques. Parmi les nouveaux collaborateurs, on compte Nadar et ses Arlequinades et le tout jeune Gustave Doré qui donne ses parodiques Travaux d'Hercule (1847). Même dans les physiologies qui chez d'autres éditeurs ridiculisent encore Louis-Philippe, comme la Physiologie du parapluie, la politique n'apparaît plus chez Aubert que dans de très vagues allusions.  La Caricature  disparaît en 1843 et Aubert n'est plus propriétaire du Charivari, mais il édite la Revue pitttoresque, "musée littéraire" illustré (1845) et Les Modes parisiennes, dont la prime annuelle fournit un grand nombre de modèles et patrons de couture. 
Si l'éclat de la caricature française est indissociable de la personnalité et de l'activité de Charles Philipon, il est sans doute injuste de réduire la figure de Gabriel Aubert à l'image qu'en donne le préfet de Police dans son rapport. Toute l'activité de la maison Aubert et cie, dont témoignent ses importants catalogues, ne peut relever du seul Philipon. Le catalogue de 1846 distingue articles de librairie et articles d'estampes. En effet, la maison Aubert est, d'une part, une librairie spécialisée dans la vente des livres illustrés. Curmer, Janet, Didier, Challamel lui confient la vente de certains de leurs livres, dont les illustrations sont parfois imprimées par Aubert, et il en assume quelques rééditions. Elle vend aussi les livres dont elle est éditrice : outre les Physiologies, elle édite des albums, avec ou sans texte, où se trouve réutilisé le fonds de dessins et caricatures accumulés au fil des précédentes publications et regroupés par public : Musée Philipon (1841) ; Journal des anecdotes ; Petit alphabet des dames ; Lithographiana, recueil de caricatures amusantes, d'anas, de réparties, bons mots, plaisanteries et petites anecdotes ; Alphabet pittoresque, ou la Lecture enseignée par des images au grand magasin de nouveautés lithographiques d'Aubert, Paris comique, etc. Certaines de ces publications, notamment celles classées comme "albums pour soirées et cadeaux" dans le catalogue de 1846 relèvent du genre documentaire (Galerie de la presse, de la littérature et des beaux-arts (1838-1842), la série des Costumes de l'armée française de Vernier (1840), les vues de Paris et ses environs reproduit par le daguerréotype dirigé par Philipon ou Le Musée des enfants, recueil de planches illustrant l'histoire de France, les contes de Perrault... d'Henri Valentin (1842). Une place particulière est donnée aux enfants à qui Aubert annonce, en 1838, vouloir offrir  "un grand nombre de petits livres élémentaires dont les dessins ne seront plus laids et ignobles comme des illustrations d'almanach". Suivront alphabets et abécédaires en feuilles, en petits livres ou en bandes (ou accordéon) utilisant les dessins des principaux illustrateurs travaillant pour Aubert.
La seconde spécialité d'Aubert reste la vente d'estampes en feuilles, relevant des deux genres différents. À côté des caricatures de Gavarni, Roubaud, Cham, la moitié du catalogue est composée par un très grand choix de modèles de dessins (académies, paysages animaux, fleurs, costumes) et d'ornements, dont certains destinés spécialement aux "dessinateurs manufacturiers", auxquels s'ajoutent les "sujets d'encadrement", lithographies au sujet religieux, en feuilles ou encadrées.
Si Charles Philipon peut écrire à Nadar, se vantant sans doute un peu : "J'ai répandu par centaines de mille les livres à vignettes, par millions les albums, par milliards les épreuves, développant  ainsi le goût du dessin, popularisant les auteurs parisiens et le nom des artistes français sur tous les points du monde", grâce à un réseau de correspondants, on peut supposer que Marie et Gabriel Aubert ont été les gestionnaires de cette production très diversifiée, mais entièrement constituée autour de l'illustration.

 

Bibliographie Sources: 

Archives nationales F18 1728

Cuno (James Bash), The business and politics of caricature. Charles Philipon and la Maison Aubert, Poughkeepsie (N.Y.) : J. Cuno, [1984]
Le Men (Ségolène), Nouvelles de l'estampe, n° 90, p. 17-28.

 

Remarques: 
Mise à jour : 10/12//2018, E. P.