SILBERMANN *Gustave, Rodolphe, Henri

Nom: 
SILBERMANN
Prénom: 
*Gustave, Rodolphe, Henri
Date de début d'activité: 
27/02/1867
Adresses professionnelles: 

3, Place Saint-Thomas (1833)

Ville - Département: 
Strasbourg (Bas-Rhin)
Informations personnelles: 

Il est né le 27 août 1801 à Strasbourg. Son père était imprimeur et, à sa mort, le 16 mars 1823,  sa veuve a assuré pendant dix ans la direction de l'imprimerie. À l'issue de ses études, il s'inscrit au barreau de Strasbourg,  mais, décidé à seconder sa mère, il entreprend une tournée des ateliers européens et passe  deux ans chez Firmin-Didot. En 1823, le Préfet note qu'il s'est fait remarquer par "l'exagération de ses opinions libérales", mais sa mère, qui demande à reprendre le brevet de son mari, " a été la première à condamner sa conduite et s'est engagée à lui donner une meilleure direction" ! Sans doute, n'a-t-elle pas été écoutée puisqu'il participe aux cercles libéraux de la ville sous la Restauration et, sous la monarchie de Juillet, par le biais du Courrier du Rhin, dont il est propriétaire, de certaines brochures qu'il imprime, et de ses candidatures à  des fonctions représentatives, il se situe dans l'opposition au régime. En 1848, il devient conseiller municipal et commandant de la Garde nationale, mais l'arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon Bonaparte marque la fin de son activité politique. Il est, par ailleurs, passionné d'entomologie.
Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1845.
Il meurt en 1876.

Informations professionnelles: 

Il reçoit son brevet d'imprimeur en lettres le 5 septembre 1833 et avise la clientèle, en novembre, qu'il prend la succession de sa mère, démissionnaire. Il obtiendra le 20 octobre 1853 un brevet de libraire pour pouvoir vendre les almanachs du Messager boiteux et sa propre production.
En 1834, il détaille son offre : " Tous les genres d'impression, tels que grands ouvrages, éditions de luxe, éditions ordinaires, registres imprimés, circulaires, lettres de voiture, placards, affiches, adresses, programmes..." Imprimerie de labeur, l’imprimerie Silbermann a une très importante production d'ouvrages en tous genres (historique, scientifique avec une forte prédominance de la médecine, juridique, administrative...) dont plusieurs centaines de thèses de l'université de Strasbourg ; elle ne se contente pas de répondre à une demande locale et souvent régionaliste, mais travaille aussi pour des éditeurs parisiens comme Gosselin, Hetzel ou Paulin. Elle imprime également des périodiques : le Courrier du Bas-Rhin, journal libéral qu'imprimait déjà son père,   les Affiches de Strasbourg (1828-1847) qui rassemblent météorologie, carnet, messages, annonces légales et feuilleton, La Revue entomologique (1833-1837), L'Album alsacien, revue littéraire, historique et artistique pour sa partie typographique (1837-1839), L'illustration de Bade, de 1858 à 1863, la Gazette médicale, la Revue de théologie et de philosophie... Cette production classique côtoie celle plus originale de planches de petits soldats ; cette production qui connait un succès grandissant depuis son apparition à la fin du XVIIIe siècle n'échappe pas à Silbermann : il imprime plus d'une vingtaine de planches gravées différentes - tirées chacune à plus de 100 000 exemplaires par an- de petits soldats à colorier (ou, à partir de 1845, "en couleurs à l'huile") et découper pour former des armées de papier.
Pour les travaux de ville et les illustrations, à la différence d'autres imprimeurs alsaciens très tôt engagés dans les recherches concernant les procédés lithographiques et chromolithographiques, Silbermann attendra longtemps avant de demander un brevet de lithographe, pour en faire un usage limité (quelques planches de petits soldats, entre autres). Pour les illustrations des livres ou périodiques qu'il imprime, il s'en remet à son confrère strasbourgeois Émile Simon. Gustave Silbermann est avant tout un typographe ( n'a-t-il pas réussi à imprimer les 636 pages du Code historique et diplomatique de la ville de Strasbourg sans couper un seul mot en fin de ligne ?) et ce n'est pas un hasard s'il a été un membre actif de la Commission des fêtes de Gutenberg, célébrant le 400e anniversaire de l'invention de l'imprimerie, en juin 1840. Ses demandes de brevets industriels sont révélateurs des objets de ses recherches à cette époque. Si les presses Dingler et Hazar, pour lesquelles il prend un brevet d'importation de 5 ans, ont l'intérêt d'être plus simples (et par conséquent plus économiques) et moins encombrantes que les autres, tout en étant aussi performantes, le brevet concernant un nouveau procédé d'impression déposé en 1844 l'engage dans une voie novatrice. A la recherche d'un procédé pour l'impression en plusieurs couleurs, à la différence d'Engelmann, il reste fidèle à l'impression en relief. À l'Exposition des produits français de l'industrie de 1839, il "se distingue par ses impressions polychromes. Elles sont remarquables par la vivacité et la variété des couleurs et l'éclat de l'or et du bronze qu'il applique avec autant de pureté que l'encre typographique" s'extasie le Moniteur universel du 17 juin 1839. Dès 1840, il en fait la démonstration dans un Album typographique publié à l'occasion des fêtes de Gutenberg, qui suscite encore l'admiration : ses impressions en or, argent et bronze sont sans rivales. Son troisième brevet propose un procédé de reproduction en relief pour les dessins, pouvant ainsi être imprimés comme des caractères typographiques. Grâce à son procédé qui prend le nom de "chromotypographique", Silbermann peut répondre à la demande d'impression en couleurs, y compris pour les dessins, sans recourir à la lithographie. Les reproductions des "Vitraux de la cathédrale de Strasbourg", à partir des dessins de Baptiste Petit-Gerard, sont imprimés, pour certains, " en 18 tons par les procédés typographiques de G. Silbermann, à Strasbourg".  Dans les années 1860, il commence à s'intéresser aux possibilités de reproduction photographique. En 1839, l'imprimerie possède déjà 10 presses typographiques à bras et 1 presse mécanique, qui font travailler 60 ouvriers. Sa production est récompensée par de nombreuses médailles : médaille d'argent en 1844 et médaille d'or en 1845 aux expositions industrielles de Paris, médaille d'or à l'exposition de 1849, médailles d'honneur en 1851 et 1862, médaille de première classe à Paris en 1855, médaille d'or à Stuttgart en 1858 et à Turin en 1859. Deux de ses demandes officielles montrent que son désir d'expansion se heurte aux règles imposées aux imprimeurs, surtout si leur situation géographique les rend particulièrement sensibles à la concurrence étrangère. Préalable à une demande  d'autorisation pour posséder des presses typographiques à Paris, en mai 1841, dans une longue lettre au ministre, il dénonce l'invasion des impressions or et argent, venues d'Allemagne et de Grande-Bretagne ; ainsi des étiquettes or et argent viennent de Francfort pour fournir la Champagne. Pour contre-carrer cette production, il souhaite développer, associé avec  le graveur sur bois de l'Imprimerie royale Brévière, une fabrication d'étiquettes et d'objets de fantaisie, enveloppes, tableaux, etc., en or et argent. Cette installation sur deux sites serait illégale ; il renonce. En revanche, il  obtient le 26 août 1861 le droit d'imprimer des affiches exclusivement destinées à l'étranger sur du papier non timbré, possibilité qui avait été supprimée en 1852.
 En 1870, il préfère se retirer et vend son entreprise à Gustave Fischbach qui prend la direction de l'imprimerie, puis, en 1881, s'associe avec son gendre Fritz Kieffer.

Bibliographie Sources: 

Archives Nationales F18 2046

INPI, 1BA 6425  Deux presses à imprimer de l'invention américaine, l'une dite de Hazar, et l'autre de Dingler (1838)     http://bases-brevets19e.inpi.fr
         1 BB 46      Procédé d'impression (1844)
         1 BB 1406  Procédé de gravure en relief par agent chimique (1845)

Opinions des journaux sur les produits de l'imprimerie de G. Silbermann, à Strasbourg : impr. de G. Silbermann, 1839.

Barbier (Frédéric), Le monde du livre à Strasbourg,, de la fin de l'Ancien Régime à la chute de l'Alsace française, thèse pour le doctorat de 3e cycle, université de Paris1, 1980, p. 129-141.
Twyman (Michael), A History of chromolithography, London, Bristish Library, 2013, p. 73-74, 319-321
Lotz (François), Les petits soldats d'Alsace, Strasbourg, Dernières nouvelles d'Alsace, 1978.

Remarques: 
E. P., 11/09/2018