Timores 1 .
Une brume épaisse enveloppe mes pensées ; une main de fer me serre le cœur ; un froid mortel pénètre dans mes veines ; hélas, que sont devenus les rêves dorés de ma jeunesse évanouie, où se sont-elles exhalées ces aspirations gracieuses qui me donnaient à l’heure de la solitude une seconde vie ; mille fois plus brillantes que la vie réelle ; l’imagination excitée par le désir diaprait ces gracieuses visions de toutes les fleurs de la jeunesse ; ça et là passaient de belles jeunes filles laissant tomber sur moi un sourire enivrant, et secouant leurs chevelures parfumées ; je voyais parfois leurs lèvres vermeilles s’approcher de mon front et y poser une empreinte brûlante.
2 Apparitions célestes, blondes, filles d’Ève, voluptés inconnues, amours d’un autre monde, qu’êtes vous devenues ?
Parfois aussi de vertes pelouses, douces à l’œil comme du velours, ondoyaient capricieusement dans l’espace, des petites fleurs bleues étoilaient ces prairies fantastiques ; des arbres amoureusement feuillés balançaient leurs tiges odorantes ; frais paysages, splendeur du soleil, molles clartés de la lune, bruits infinis de la création, qu’êtes-vous devenus ?
Voici une heure où le tableau change les rues de la grande Cité sont désertes, les maisons muettes, un effroi terrible glace les habitants ; des sons [...]