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14 novembre 1871
M. Saint-René Taillandier, secrétaire général, préside la séance à laquelle sont présents : MM. [Émile] Boeswillwald, Gautier, Laisné, des Vallières, Viollet-le-Duc, de Cardaillac, Millet de La Motte, Vaudoyer, Abadie, Quicherat, de Guilhermy, Labrouste, du Sommerard, Charles Blanc, Questel et de Soubeyran.
Regrets à l'occasion du décès de MM. Mérimée et Duban

M. de Guilhermy demande que la Commission ne reprenne pas ses travaux sans exprimer ses regrets de la mort de Mérimée dont elle ne saurait oublier les éminents services.

M. Vaudoyer rappelle que la Commission a fait une autre perte, celle de M. Duban, qui laisse également des souvenirs ineffaçables.

La Commission, s'associant aux regrets exprimés par MM. de Guilhermy et Vaudoyer, décide qu'ils seront consignés au procès-verbal.

Le procès-verbal de la séance du 4 juillet 1870 est lu et adopté sans observations. M. de Lasteyrie s'excuse de ne pouvoir assister à la séance par une lettre adressée à M. le directeur des Beaux-arts.
Église de Saint-Aignan (Loir-et-Cher)

M. Millet, rapporteur, rappelle que la Commission a été précédemment saisie d'un projet de surélévation de la tour ouest de la façade de cette église dans le but d'y établir le beffroi qui était autrefois placé dans le clocher central, lequel a déjà été, à deux reprises, l'objet de travaux de consolidations importantes. L'auteur du projet de surélévation de la tour, M. de La Morandière, ayant manifesté certaines craintes à l'endroit de la résistance des points d'appui qu'il s'agissait de charger et ayant exprimé le désir d'avoir, à cet égard, l'avis de la Commission, celle-ci répondit qu'il appartenait à l'architecte, qui avait étudié le monument de se prononcer nettement pour ou contre cette opération, sauf à faire, pour s'éclairer, les sondages qui lui paraîtraient nécessaires pour connaître exactement l'état des maçonneries de la tour.

Aujourd'hui, la Commission est saisie d'un nouveau projet de surélévation de la tour ouest ; mais ce projet n'est pas de M. de La Morandière, il est d'un autre architecte qui n'a pas signé son travail et qui ne paraît pas d'ailleurs posséder les connaissances nécessaires pour la restauration des Monuments historiques.

En conséquence le rapporteur propose de reprendre cette affaire en revenant à son point de départ. 80/15/10/63

Suivant M. de Cardaillac, il conviendrait, du moment où les cloches étaient placées autrefois dans le clocher central, et où des travaux ont déjà été faits pour la consolidation de ce dernier, de poursuivre cette opération de manière à établir les cloches à leur ancienne place, plutôt que de les déplacer et d'entreprendre à cet effet la construction d'un nouveau clocher sur la façade.

M. Viollet-le-Duc qui a récemment visité l'édifice ne partage pas cette opinion. La nature des maçonneries du clocher central est telle qu'elle ne lui semble pas susceptible de supporter l'ébranlement qui serait causé par la sonnerie des cloches, ni même de se prêter aux travaux de reprise qu'il faudrait entreprendre dans la partie supérieure pour résister à cet ébranlement. En conséquence il propose d'abandonner l'idée de rétablir les cloches dans le clocher central dont la solidité lui paraît, à cette condition, suffisamment assurée pour l'avenir.

La Commission adopte ce dernier avis et propose que M. Millet se mette en rapport avec M. de La Morandière à l'effet d'obtenir de cet architecte qu'il étudie la surélévation de la tour ouest dans le sens des observations déjà présentées.

Crypte de Jouarre (Seine-et-Marne)

Sur la proposition de M. Millet, rapporteur, la Commission est d'avis d'approuver les travaux d'achèvement proposés par M. Mimey pour l'assainissement de cette crypte et décide à cet effet une somme de 2 597 Francs 60 sur le crédit des Monuments historiques.

Église Saint-Pierre du Touques (Calvados)

M. Millet, rapporteur, propose d'approuver les travaux de reprise projetés par M. Selmersheim, architecte, pour la consolidation des deux piliers à l'entrée du choeur de cette église et dont la dépense est évaluée à 3 967 Francs 96.

La Commission adopte ces conclusions et propose de fixer à 2 500 Francs la part contributive de l'État dans ces travaux.

Chapelle Saint-Gabriel près Tarascon (Bouches-du-Rhône)

Suivant la proposition de M. Viollet-le-Duc, rapporteur, la Commission est d'avis d'allouer sur le crédit la somme de 1249 Francs 75 nécessaire pour préserver cette chapelle de la ruine qui la menace.

Palais des Ducs de Bourgogne à Dijon (Côte-d'Or)
Bâtiment des cuisines

Suivant M. Viollet-le-Duc, rapporteur, la partie encore existante de ces cuisines présente un réel intérêt et mérite d'être restaurée. En conséquence, il propose de mettre, à la charge du crédit [des Monuments historiques], la somme de 20 181 Francs 60 que nécessiterait cette restauration suivant le devis dressé par M. Selmersheim architecte.

La Commission adopte ces conclusions.

Église d'Aime (Savoie)

M. Viollet-le-Duc rapporteur, émet l'avis qu'il y a lieu de continuer les fouilles de cette église à la condition qu'elles ne dépassent pas une certaine mesure. En conséquence, il propose d'affecter à cette opération une seconde subvention de 500 Francs en recommandant à l'architecte de se conformer dans [sic] ce chiffre.

Cette proposition est adoptée par la Commission. 80/15/10/64

Remparts de Dax (Landes)

Le Conseil municipal de Dax ayant formé le projet de démolir la partie Est de ces remparts (ce qu'il a déjà fait pour la partie Ouest), M. [Émile] Boeswillwald a été chargé d'examiner sur place par quels moyens on pourrait arriver à conserver ce qui reste de ces remparts tout en donnant satisfaction aux intérêts invoqués par le Conseil municipal pour justifier son projet.

Suivant le rapporteur, la démolition projetée n'est poursuivie que dans un but de spéculations, et les besoins de communication, qui en sont le prétexte, pourraient être satisfaits à l'aide du percement des murs d'enceinte sur un point qu'il désigne.

En conséquence, M. [Émile] Boeswillwald conclut à la conservation des remparts qui lui paraissent devoir être maintenus à l'Est, non seulement à cause de leur intérêt, mais aussi en raison du caractère d'utilité qu'ils ont de ce côté où ils sont un obstacle aux inondations de l'Adour.

Sur les observations du rapporteur, la Commission conclut au maintien des remparts.

Porte de Brest à Dinan (Côtes-du-Nord)

La Ville de Dinan ayant à plusieurs reprises demandé l'autorisation de démolir cette porte à cause des difficultés qu'elle crée pour la circulation, M. [Émile] Boeswillwald a été chargé d'examiner s'il ne serait pas possible d'ouvrir un débouché qui donnerait à la fois satisfaction aux réclamations légitimes des habitants et à l'intérêt archéologique qui milite en faveur de la conservation de cette porte.

Le rapporteur signale deux moyens d'arriver à ce résultat.

Le premier, qu'il considère comme le meilleur, serait d'exécuter le projet présenté par les Ponts-et-Chaussées pour la rectification de la route du nord, projet que M. le ministre des Travaux publics a repoussé ; mais auquel on pourrait peut-être le faire revenir. L'adoption de ce projet, qui permettrait de rendre à l'ouverture de la Porte ses anciennes proportions, entraînerait une dépense de 180 000 Francs dont 60 000 Francs pour la restauration de la Porte et des deux tours qui l'encadrent.

Le second projet, qui a été étudié par M. [Émile] Boeswillwald, aurait pour effet d'élargir encore l'ouverture de la Porte, en supprimant la poterne. La dépense serait beaucoup moindre en ce qui concerne la tracé de route, mais elle serait toujours de 60 000 Francs environ en ce qui concerne la restauration de la porte et des tours.

Après cet exposé du rapporteur, M. Viollet-le-Duc est d'avis d'apprécier à sa juste mesure l'intérêt de cette porte.

La Commission pense comme lui que cet intérêt n'est pas tel qu'il soit raisonnable de poursuivre la restauration du monument au prix des sacrifices que nécessiterait le premier projet et même le second qui aurait d'ailleurs pour effet de modifier profondément les dispositions primitives de la Porte et par suite de lui conserver son caractère. 80/15/10/65

En conséquence la Commission propose à l'administration de se borner à conseiller à la Ville de faire ses efforts pour conserver la tour mais de ne prendre d'ailleurs aucun engagement en ce qui concerne cette affaire.

Achat de dessins de M. Constant-Dufeux

La Commission propose d'acquérir pour les archives quatre dessins de Constant-Dufeux qui sont présentés par sa veuve. En fixant à 2 000 Francs le prix d'acquisition, elle fait la part des circonstances difficiles créées à la veuve de cet architecte par la mort de son mari.

Publication des archives de la Commission

M. Gasnier expose à la Commission la situation de la maison Gide et demande, en présence de l'impossibilité pour cette maison de faire face à ses engagements en ce qui concerne la publication des archives, que l'administration soit autorisée à passer outre et à confier à un autre éditeur l'impression des textes qui doivent compléter cette publication.

La Commission adopte cette proposition. 80/15/10/66

10 décembre 1871
M. Vitet préside cette séance à laquelle sont présents MM. Saint-René Taillandier, secrétaire général, du Sommerard, Millet, Quicherat, Vaudoyer, de Cardaillac, Abadie, Millet de La Motte, Gautier, des Vallières, Viollet-le-Duc, de Lasteyrie, de Longpérier, Labrouste, de Soubeyran et Charles Blanc.
M. Vitet, président, souhaite que les séances aient lieu le dimanche

En ouvrant la séance, M. Vitet exprime à la Commission la satisfaction qu'il éprouve de pouvoir s'associer de nouveau à ses travaux et lui fait part de l'impossibilité où il serait, aussi longtemps que l'Assemblée nationale siègera à Versailles, d'assister à des séances qui n'auraient pas lieu le dimanche.

Le procès-verbal de la séance du 14 novembre est lu et adopté sans observations.
Église de Saint-Généroux (Deux-Sèvres)

M. Millet est d'avis de rejeter le nouveau projet de restauration présenté par M. Loué, projet dans lequel cet architecte propose de supprimer les deux murs intérieurs qui divisent longitudinalement la nef de l'édifice. Cette disposition lui paraît devoir être conservée, alors même qu'elle serait, comme l'affirme M. Loué, postérieure à la construction de l'église.

La Commission partageant cette opinion, M. Loué sera invité à présenter une nouvelle étude dans laquelle il devra conserver la disposition actuelle et ne comprendra que les travaux de restauration strictement nécessaires. L'administration invitera en même temps cet architecte à respecter davantage dans ses projets les dispositions originales des édifices qui lui sont confiés.

Église de Maillezais (Vendée)

M. Millet reproche au nouveau projet présenté par M. Loué d'altérer le caractère du dit édifice. Suivant lui, cet architecte ne doit pas être autorisé à démolir la voûte en coupole de la 1ère travée du choeur pour la remplacer par une voûte d'arête. Il convient de conserver la disposition actuelle de cette travée et de faire à cet effet les travaux de consolidation nécessaires. M. Millet propose de laisser exécuter les travaux projetés pour la restauration de la nef et la construction d'un clocher neuf sur la façade ; travaux dont la dépense serait d'ailleurs tout entière à la charge de la Commune, mais il croit que les prix du devis sont trop faibles et ne permettent pas d'obtenir une bonne exécution.

D'après les conclusions de la Commission, l'architecte sera invité à faire une nouvelle étude dans laquelle il devra, en ce qui concerne le choeur, conserver les dispositions actuelles et se borner aux travaux de consolidation nécessaires ; quant au clocher projeté il n'est pas suffisamment en harmonie 80/15/10/67 avec le caractère de l'édifice et, sous ce rapport, il a besoin d'être étudié de nouveau quand l'architecte aura modifié son projet dans le sens des observations qui précèdent ; la Commission examinera s'il y a lieu de venir en aide à la Commune pour la consolidation du choeur qui est la partie intéressante de l'édifice.

Arènes de Senlis (Oise)

Sur la proposition de M. des Vallières, rapporteur, la Commission est d'avis d'allouer sur le crédit une nouvelle subvention de 2 000 Francs pour le déblaiement des Arènes de Senlis, à la condition que la Société archéologique qui dirige cette entreprise, réunira les 4 000 Francs qui sont nécessaires pour compléter la somme de 6 000 Francs montant des travaux de dégagement restant à faire.]

Église Saint-Germain de Dieppe (Seine-Inférieure)

Suivant M. Viollet-le-Duc, rapporteur, le projet dressé pour la restauration de cet édifice ne présente pas de garanties de bonne exécution, et il y a lieu, avant d'examiner quelle part l'administration pourrait prendre à cette entreprise, de demander une nouvelle étude à un architecte habitué à diriger des travaux de la nature de ceux dont il s'agit.

M. Gasnier, secrétaire de la Commission, croit devoir la prévenir que M. Lance avec M. le maire de Dieppe, à l'occasion de la visite qu'il a été chargé de faire au château d'Arques, [sic] et que l'administration municipale serait disposée à confier à cet architecte la rédaction d'un nouveau projet.

La Commission émet l'avis que les travaux de M. Lance sont de nature à justifier le choix de la Ville.

Château de Vitré (Ille-et-Vilaine)

Suivant M. Viollet-le-Duc, rapporteur, le travail de M. Darcy sur le château de Vitré est très bien fait. Parmi les travaux de restauration proposés par cet architecte et dont le devis s'élève à 172 937 Francs 60, ceux de la restauration du Châtelet qui sont évalués à 69 113 Francs 48 lui paraissent les plus urgents à cause de la nécessité qu'il y a de remettre en état cette partie du château dont les locaux étaient utilisés par la Ville avant l'incendie qui s'y est déclarée pendant la guerre. La Ville devant à cette occasion recevoir du département de la Guerre une indemnité de 5 100 Francs, il resterait à pourvoir, quant à présent, à une dépense de 4 019 Francs 48 dont une partie sera, il y a lieu de l'espèrer, votée par le Conseil municipal.

La Commission, qui adopte les conclusions du rapporteur, attendra le vote du Conseil municipal pour se prononcer en ce qui concerne la part de dépense à mettre à la charge de l'État. Elle propose d'accorder à M. Darcy une somme de 3 872 Francs montant des honoraires réclamés par cet architecte pour ses relevés du château de Vitré.

Église de Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne)

Suivant M. Millet, rapporteur, la Commission ne saurait approuver les travaux que le Conseil de Fabrique se propose de faire exécuter à cette église. La réalisation du projet, notamment celui qui consisterait à remplacer les voûtes en bois de la nef par des voûtes en briques, entraînerait la ruine du monument. D'autre part, l'exécution des travaux à forfait et sans la 80/15/010/68 direction d'un architecte responsable doit être écartée dans l'intérêt même de la Ville.

La Commission partage l'opinion du rapporteur. Elle est d'avis qu'il convient d'éclairer la Ville sur l'insuffisance du projet, mais que le monument ne présente pas d'ailleurs assez d'intérêt pour être l'objet d'un secours sur le crédit.

Église de Mareil-Marly (Seine-et-Oise)

M. Millet, rapporteur, expose à la Commission qu'on a exécuté autour de cet édifice des travaux de terrassement mal entendus qui ont déchaussé les murailles et pourraient avoir les plus graves conséquences. En outre, le clocher menace ruine et il y a lieu à pourvoir d'urgence à sa consolidation. Les travaux proposés à cet effet paraissent fort insuffisants au rapporteur qui regarde le monument comme étant assez intéressant pour motiver une étude complète de restauration.

La Commission partage cette opinion et désigne M. Millet comme l'architecte auquel il conviendrait de demander l'étude des restaurations dont il s'agit. 80/15/10/69