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1876
1875
1877
26 février 1876(54) [Samedi]
La séance est présidée par M. le baron de Soubeyran. Sont présents : MM. Abadie, Bailly, [Émile] Boeswillwald, Denuelle, de Guilhermy, Ferdinand de Lasteyrie et de Longpérier, Laisné, Millet, Quicherat, Ruprich-Robert, du Sommerard et des Vallières.
Le procès-verbal de la séance du 27 décembre 1875 est lu et adopté.
Rapports sur les expositions de Vienne et de Londres

M. du Sommerard présente à la Commission deux volumes contenant les rapports sur les expositions des Monuments historiques à Vienne en 1873 et à Londres en 1874 suivis d'un certain nombre de documents relatifs au service :

Mémoires et notices par les architectes de la Commission,

Rapports de MM. les Inspecteurs généraux Vitet et Mérimée,

Instructions ministérielles relatives à la surveillance et à la conservation des édifices classés

Carte des écoles d'art au XIIIe siècle,

Liste actuelle des Monuments historiques et

Catalogue des archives.

M. le président remercie M. du Sommerard au nom de la Commission.

Église d'Aubazines (Corrèze)

M. Abadie, rapporteur, expose la situation de ce monument. Depuis 1852, époque à laquelle il a présenté un devis de 58 000 Francs, cette situation ne s'est pas beaucoup aggravée ; mais, en raison de l'augmentation du prix de la main d'oeuvre et de celui des matériaux, il faudrait doubler la première estimation. Parmi les désordres les plus graves, M. le rapporteur signale l'écrasement de l'un des piliers qui supportent la coupole centrale.

M. de Lasteyrie signale en outre l'état de ruines de la première travée de la nef ; il y a là un danger menaçant auquel il importe de remédier sans retard. La Commune a voté pour la restauration de son église une somme de 6 000 Francs ce qui est énorme si l'on considère son peu de ressources ; le Conseil général s'est fait rendre compte de la situation par l'architecte du département, dont les évaluations s'éloignent peu de l'estimation faite autrefois par M. Abadie, et a promis un secours dans l'espoir qu'une prompte solution serait donnée à cette affaire.

M. Abadie estime que l'opération de la reprise du pilier écrasé sera très coûteuse aujourd'hui surtout que le chemin de fer est venu accaparer des blocs erratiques qui fournissent la pierre dure.

M. le président croit qu'il est impossible de prendre une résolution avant que la Commission ait été fixée d'une manière plus précise sur la dépense nécessaire. Il propose d'attendre le rapport de M. l'Inspecteur général 80/15/10/229

M. [Émile] Boeswillwald qui s'offre de visiter le monument dans sa prochaine tournée.

Cette proposition est adoptée.

Amphithéâtre d'Arles (Bouches-du-Rhône)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'autoriser l'exécution des travaux urgents proposés par M. Révoil et d'approuver le devis de 61 800 Francs présenté par cet architecte. Ainsi que pour les précédents travaux, les 2/3 de la dépense pourraient être mis à la charge du crédit des Monuments historiques à la condition que la Ville d'Arles fournirait le surplus.

M. le président est d'avis qu'il suffirait de pourvoir à la moitié de la dépense, la Ville d'Arles étant assez riche pour prendre l'autre moitié à sa charge. Il importe en effet de considérer que les monuments d'Arles en tête desquels il place l'Amphithéâtre, sont une des principales sources de richesse de cette Ville.

La Commission partageant cet avis propose d'accorder seulement 31 000 Francs répartis en trois annuités.

Église de Bressuire (Deux-Sèvres)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, fait connaître que la Fabrique, sans avoir demandé la révision du devis présenté en 1872 par l'architecte de la Commission, a fait commencer les travaux en dehors de tout contrôle et les a continués malgré les injonctions du préfet, qui donna l'ordre de les suspendre au mois de janvier 1875. Aujourd'hui la Fabrique présente un devis dressé par un de ses membres, ancien conducteur des Ponts-et-Chaussées, et prétend, ce qui est absolument inexact, que si on compare ce devis à celui de M. Loué on obtient une réduction dans la dépense, voulant ainsi écarter cet architecte et se soustraire à la surveillance de l'administration.

M. le rapporteur pense qu'en agissant de la sorte M. le curé de Bressuire et son conseil de Fabrique se sont mis dans le cas des Fabriques de Saint-Salvy d'Albi et de Saint-Jacques de Compiègne. Il propose en conséquence le déclassement de l'église de Bressuire, qui d'ailleurs ne présente qu'un médiocre intérêt.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

Église de Gamaches (Somme)

Sur le rapport de M. [Émile] Boeswillwald, la Commission propose d'inviter la Fabrique à faire étudier un nouveau projet de sacristie, celui qu'elle présente étant mal conçu et inacceptable à tous les points de vue.

Église de Conques (Aveyron)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'autoriser l'exécution des travaux de première urgence estimés 98 487 Francs et d'accorder une subvention de 45 000 Francs. Le Conseil général, l'évêque de Rodez et les Pères prémontrés qui desservent l'église contribueront à la dépense pour une somme de 35 000 Francs environ, le surplus, soit 18 487 Francs pourrait être 80/15/10/230 demandé à l'administration qui, dans une entreprise de cette importance, ne saurait refuser son concours à la Commune de Conques, dépourvue de toutes ressources. M. le rapporteur est d'avis que la construction d'une armoire en fer, dans laquelle seraient renfermées les objets précieux composant le trésor de Conques, soit comprise dans la première catégorie des travaux urgents ; mais à la condition que la dépense reste à la charge de la Fabrique.

M. Abadie appelle l'attention de la Commission sur la belle grille du XIIIe siècle qui a été déposée sans précaution lorsque les Pères prémontrés ont fait démolir le mur qui soutenait les colonnes du choeur. Il y aurait lieu de recommander que cette grille soit placée en lieu sûr jusqu'au jour où elle pourra être remise en place.

M. [Émile] Boeswillwald répond que ces recommandations ont été faites et demande que l'architecte soit invité à commencer les travaux par la restauration de l'abside dont la solidité a été gravement compromise par la démolition du mur que surmontait la grille.

La Commission, adoptant les conclusions du rapport, propose d'accorder 25 000 Francs sur l'exercice 1876 pour l'ouverture du chantier et 20 000 Francs sur l'exercice 1877.

Église de Cruas (Ardèche)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'approuver le projet de restauration présenté par M. Révoil et d'accorder 30 000 Francs pour son exécution. Ce projet comprend la reprise des faces extérieures des murs de l'abside, la restauration des façades latérales et des transepts dont les parements tombent, celle de la coupole de la façade principale et du clocher et la réfection des couvertures. En tête de ces travaux, il y a lieu de placer la réparation des dégâts causés par les pluies par la construction d'un mur de soutènement dans le fossé creusé pour dégager le côté nord. Les ressources de la Commune sont absolument nulles, mais le curé a promis une contribution annuelle de 300 Francs pendant la durée des travaux.

La Commission, prenant en considération l'intérêt tout particulier que présente l'église de Cruas, adopte les conclusions du rapport.

Église de Nouaillé (Vienne)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'approuver le devis de 38 261 Francs 89 présenté par M. [Jean-Camille] Formigé, l'insuffisance du devis de 22 246 Francs, présenté en 1873, étant facile à reconnaître par le simple énoncé des travaux jugés nécessaires. Le supplément de dépense résultant de la nouvelle estimation pourrait être imputé sur le crédit.

La Commission propose d'accorder une subvention supplémentaire de 8, 000 Francs et de demander une somme 80/15/10/231 égale à l'administration des Cultes qui vient d'allouer un secours de 8 000 Francs à une Commune voisine.

Église de Solignac (Haute-Vienne)

M. [Émile] Boeswillwald déclare que, dans sa dernière tournée d'inspection, l'état de cet intéressant édifice lui a paru très alarmant ; si l'on veut en prévenir la ruine, il importe que les mesures nécessaires soient prises d'urgence.

La Commission offre à M. [Victor] Ruprich-Robert de préparer un projet de restauration du monument. A son défaut M. [Jean-Camille] Formigé pourrait être chargé de la préparation du projet. Dans l'un ou l'autre cas, les dessins que possèdent MM. [Émile] Boeswillwald et Abadie devraient être consultés au préalable.

Chapelle d'Agos (Hautes-Pyrénées)

M. Lafollye évalue à 5 900 Francs la dépense nécessaire pour terminer la restauration.

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, pense que cette somme peut-être réduite à 5 200 Francs. Il existe un reliquat de 2 000 Francs sur les précédentes allocations, il ne resterait donc à pourvoir qu'à une dépense de 3 200 Francs que M. le rapporteur propose d'imputer sur le crédit. Quant à la retenue de garantie montant à 541 Francs, elle devra être appliquée au paiement des malfaçons signalées dans les travaux exécutés sous la direction de M. Alphonse Durand.

Église de Boulogne (Seine)

M. Millet, rapporteur, appelle l'attention de la Commission sur les travaux exécutés sans autorisation par le curé actuel depuis l'achèvement de la restauration exécutée à frais communs par l'État, le département et la Commune. Ces travaux déplorables consistent dans la transformation en salle de catéchisme de la petite cour ménagée le long du choeur et du transept nord, dans l'établissement de vitraux et d'un maître-autel du goût le plus douteux, enfin dans l'exécution de peintures décoratives qui de la chapelle de la Vierge allaient s'étendre au choeur lorsque l'administration avertie de ce qui se passait mit opposition à la continuation des travaux. Il y aurait lieu aujourd'hui d'exiger tout d'abord le rétablissement de la petite cour et du bâtiment des sacristies dans leur état primitif ; pour arriver plus facilement à ce résultat, on pourrait aider la Fabrique à faire exécuter le projet de décoration de M. Lisch, architecte délégué par l'administration.

M. Denuelle, chargé d'examiner le projet de M. Lameire, conclut à l'approbation de ce projet qui lui paraît bien conçu et propose d'accorder une subvention de 5 500 Francs pour parfaire le montant des ressources nécessaires, la dépense étant évaluée à 14 000 Francs.

M. [Émile] Boeswillwald pense que si la Fabrique a trouvé de l'argent pour faire les mauvais travaux signalés par M. Millet, elle trouvera bien le moyen de s'en 80/15/10/232 procurer encore pour l'exécution de peintures décoratives. Il est d'avis en conséquence, qu'aucune subvention ne soit accordée pour ces travaux de luxe, les faibles ressources du crédit devant recevoir un emploi plus utile.

M. Denuelle demande que, dans tous les cas, les travaux de décoration soient continués sous la surveillance de M. Lisch.

M. Millet fait observer qu'en refusant tout subside l'administration s'expose à rencontrer du mauvais vouloir de la part de la Fabrique dont elle a interrompu les opérations. Il est à craindre surtout qu'elle n'ait aucune action pour obtenir la réparation de ce qui a été fait sans son autorisation depuis 1866. Pourra-t-on dans l'état actuel de la législation, exiger la démolition du hangar qui recouvre la petite cour ?

M. le président propose de saisir M. le préfet de la Seine et la Municipalité de Boulogne de la question. L'administration peut s'autoriser du concours de l'État dans la restauration pour imposer son autorité alors que le classement ne lui donnait pas une arme suffisante. Le curé et la Fabrique seront donc invités à rendre à la petite cour son aspect primitif, ces travaux restant à leurs frais ainsi que la continuation de la décoration intérieure.

Église de Saint-Sulpice-de-Favières (Seine-et-Oise)

Rapporteur, M. Millet.

Le devis présenté par M. Lisch s'élève à 362 215 Francs ; si l'on déduit la dépense relative à l'achèvement de la nef, il reste pour la restauration proprement dite une dépense d'environ 200 000 Francs dont 125 742 Francs pour les travaux urgents. Quant au projet dans son ensemble il est fort bien conçu, il y aurait seulement quelques réserves à faire quant à la disposition de la flèche.

La Commission est d'avis que l'État ne peut s'engager quant à présent dans une entreprise de cette importance et qu'il convient d'ajourner l'affaire pour qu'elle soit étudiée au point de vue des voies et moyens de réunir les ressources nécessaires.

Église Saint-Vaast-de-Longmont (Oise)

M. Millet, rapporteur, propose d'accorder un secours de 5 900 Francs à la charge pour la Commune de pourvoir au surplus de la dépense de 7 900 Francs relative aux réparations diverses indiquées dans le devis présenté à la Commission.

Crypte de Jouarre (Seine-et-Marne)

M. Millet, rapporteur, propose d'accorder 14 416 Francs pour terminer les travaux de restauration et de consolidation. MM. de Guilhermy et de Longpérier sont d'avis que l'ancien parement, orné de pilastres, avec remplissage en moellons taillés, doit être laissé dans l'état où il a été découvert.

M. [Émile] Boeswillwald fait observer que le mur est en très mauvais état et qu'il est nécessaire de le reprendre ; 80/15/10/233 il promet d'ailleurs de veiller à ce que son aspect ne soit pas modifié.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

Maison d'Armande Béjart à Meudon (Seine)

M. de Longpérier, rapporteur, propose à la Commission de désigner un de ses membres pour visiter cette maison dont le propriétaire M. Dulaurier, membre de l'Institut, demande le classement. Cette maison a conservé sa façade du temps de Louis XIV et sa décoration intérieure n'a pas changé. Le classement aurait pour effet d'empêcher la destruction de la façade qui est menacée par des projets d'alignement.

L'examen de la question est renvoyée à une prochaine séance afin que la Commission puisse être renseignée sur la question de savoir si le plan d'alignement n'aurait pas été rendu exécutoire auquel cas il y aurait à examiner s'il serait possible d'obtenir par un classement tardif une modification au tracé.

La prochaine réunion de la Commission est fixée au jeudi 2 mars 1876 et la séance ouverte à 10 heures est levée à midi. 80/15/10/234

2 mars 1876 [Jeudi]
Tenue de la présidence de M. de Soubeyran. Membres présents : MM. Abadie, Bailly, [Émile] Boeswillwald, Gautier, de Guilhermy, Laisné, Millet, Ruprich-Robert, du Sommerard, des Vallières et Viollet-le-Duc.
Le procès-verbal de la séance du 26 février est lu et adopté sous la réserve de deux rectifications.
Église de Boulogne (Seine)

La première relative à l'église de Boulogne-sur-Seine : l'ordre de démolir la couverture de la petite cour doit être motivé non seulement sur le fâcheux effet produit par son aménagement qui a fait perdre tout intérêt à cette annexe du monument, mais encore sur la mauvaise disposition de cette couverture qui a été établie d'une façon déplorable au point de vue de l'écoulement des eaux.

Crypte de Jouarre (Seine-et-Marne)

La seconde observation est relative à la crypte de Jouarre ; la question d'allocation doit être réservée jusqu'au jour où la Commission pourra être éclairée différemment par le rapport de M. [Émile] Boeswillwald sur l'opportunité des travaux proposés.

Relevés de l'église de Solignac (Haute-Vienne)

M. Abadie présente à la Commission les relevés de l'église de Solignac qui pourront être consultés par l'architecte chargé d'étudier les besoins du monument.

M. le président donne acte de cette communication.

L'ordre du jour appelle la lecture du rapport
Projet d'autel pour l'église Vézelay (Yonne)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, est d'avis que pour un édifice aussi grand d'échelle que l'église de Vézelay, les détails du projet sont beaucoup trop petits ; en outre le tabernacle est lourd et d'une composition peu en harmonie avec tout ce qui existe dans le choeur qui est de la fin du XIIe siècle ; quant à la dépense, le service des Monuments historiques, qui subvient déjà aux frais d'entretien de l'église de Vézelay, ne pourrait y contribuer en aucun cas.

M. le rapporteur propose en conséquence d'inviter M. le curé de Vézelay à faire étudier un nouveau projet dont la dépense devrait être en rapport avec les ressources dont il dispose.

Adopté.

Murailles de Vézelay (Yonne)

M. Viollet-le-Duc propose d'adopter la demande du préfet tendant à ce que le Sieur Meunier, gardien de l'église de Vézelay, soit chargé de la surveillance des remparts de cette Commune et de l'église de Saint-Père, moyennant une augmentation de salaire à cet agent. La Commission adopte les conclusions du rapport et 80/15/10/235 propose de porter le traitement annuel du Sieur Meunier à 45 c.

Hôtel de ville de Clermont (Oise)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'approuver le projet de restauration présenté par M. Selmersheim, sous réserve d'une modification dans le couronnement du contrefort central du pignon. L'exécution de ce projet dont la dépense est évaluée à 156 000 Francs paraît devoir rencontrer certaines difficultés de la part de la Municipalité actuelle qui entendait faire les travaux à sa convenance et que le classement de l'édifice est venu contrarier. C'est ainsi que le Conseil municipal voudrait affecter spécialement à la restauration de la façade latérale de la rue Duvivier (2e chapitre du devis) les 22 000 Francs dont il dispose aujourd'hui.

M. le rapporteur, est d'avis qu'avant de prendre aucune décision sur la question de subvention l'administration doit exiger de la Ville de Clermont un engagement pour la moitié de la dépense des deux premiers chapitres du devis, montant ensemble à 107 000 Francs. Il serait à craindre sans cela que le Conseil municipal, après l'exécution des travaux qu'il désire voir exécuter en première ligne, ne refusât de voter des fonds pour continuer la restauration.

M. le président appuie les conclusions du rapport et propose de répartir l'allocation de l'État de telle façon qu'une part plus forte serait affectée à la restauration des façades orientales et occidentales parties plus intéressantes au point de vue de l'art que la façade latérale sur la rue Duvivier. Dans le cas où la Commission accepterait la division de la dépense des deux premiers chapitres entre la Ville et l'État, telle que M. le rapporteur le propose, c'est-à-dire par moitiés, on pourrait allouer 30 à 35 000 Francs pour les travaux du 1er chapitre et le reste pour ceux du second chapitre qui comprend les réparations intéressant la Commune.

La Commission propose d'accorder une subvention égale à la moitié de la dépense prévue pour les travaux compris dans les deux premiers chapitres, à la condition expresse que la Ville prendra l'engagement de contribuer à l'exécution de ces travaux pour une somme égale, en trois ou quatre annuités ; ladite subvention serait répartie suivant le mode indiqué par M. le président.

Église de Tillières (Eure)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'autoriser l'exécution du projet de sacristie présenté par M. Darcy. Les conclusions du rapport sont adoptées.

Église de Saint-Saturnin (Puy-de-Dôme)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'approuver le projet présenté par M. Bruyerre pour la restauration de cet édifice qui est un des exemples les 80/15/10/236 plus remarquables de l'architecture romane de l'Auvergne. Le devis montant à 78 234 Francs est divisé en deux catégories. La première, concernant principalement l'abside et comprenant les réparations les plus urgentes, s'élève à 28 770 Francs. On pourrait autoriser dès à présent l'exécution de cette première partie de la restauration et accorder pour cela les ressources nécessaires.

La Commission propose d'allouer 19 000 Francs pour subvenir aux 2/3 de la dépense et de laisser au département le soin de pourvoir au surplus, avec l'aide du ministre des Cultes.

Cité de Carcassonne (Aude)

M. Viollet-le-Duc donne lecture d'un rapport dans lequel il rend compte de l'emploi des allocations accordées par l'État pour réparer les remparts de la Cité. Le devis général approuvé en 1864 est de 591 292 Francs ; l'ensemble des sommes allouées est de 307 525 Francs ; il reste donc à dépenser 282 767 Francs. Les allocations de la Ville et du département continueront à être employées pour l'acquisition des maisons qui touchent aux remparts ; la dépense nécessaire pour achever la restauration devrait donc, comme par le passé, rester entièrement à la charge de l'État. M. Viollet-le-Duc demande en conséquence la continuation des annuités accordées depuis 1864 sur le crédit des Monuments historiques. Sept annuités de 40 000 Francs permettront de terminer l'entreprise.

Cette proposition est approuvée.

Église Saint-Vincent à Rouen (Seine-Inférieure)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, fait connaître que les travaux de restauration sont évalués à 134 742 Francs. La Fabrique et le curé ont donné 25 000 Francs, la Ville a voté de son côté 84 742 Francs. Il reste à combler un déficit de 25 000 Francs que le Conseil municipal demande à l'État. La restauration des parties latérales du chevet de l'église Saint-Vincent ayant été étudiée sur l'avis de la Commission qui a fait espérer le concours de l'État pour cette partie de l'entreprise, M. le rapporteur pense qu'il convient de faire droit à la demande de secours.

M. Abadie demande que l'attention de l'architecte soit appelée sur le mode d'écoulement des eaux.

La Commission, considérant que la Ville de Rouen est très riche, est d'avis qu'il suffira d'accorder une subvention de 10 000 Francs.

Minaret de l'ancienne mosquée de Mansourah (Algérie)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'approuver le projet de consolidation présenté par M. Duthoit et d'accorder sur le crédit la somme de 25 880 Francs montant du devis. Les restes du minaret offrent un exemple remarquable de l'architecture dite arabe et leur 80/15/10/237 conservation intéresse au plus haut point l'histoire de l'art, il est donc absolument nécessaire de voter les fonds demandés.

La Commission propose d'accorder en principe la somme de 25 880 Francs, sauf à négocier pour obtenir une allocation sur le crédit inscrit au budget du gouvernement général de l'Algérie pour la restauration des monuments, ce qui n'empêcherait pas, vu l'urgence, d'allouer dès à présent 15 000 Francs sur l'exercice 1876 pour commencer les travaux.

Église de l'ancien prieuré de Ruffec (Indre)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose le classement de cet édifice qui date des premières années du XIIIe siècle et qui, d'après les croquis présentés par M. Darcy, paraît être un des édifices les plus intéressants du Berry. La Ville de Ruffec désirerait rentrer en possession de cette église qui a été aliénée par surprise en 1830. Le propriétaire, qui jusqu'à ce jour avait repoussé toutes les offres, vient de mourir ; peut-être serait-il plus facile de traiter avec ses héritiers, surtout si l'administration prenait l'initiative.

Conformément aux conclusions du rapport, la Commission prie M. le ministre de faire étudier la question par M. le préfet de l'Indre et propose de classer dès à présent l'église de l'ancien prieuré de Ruffec.

Église de Saint-Contest (Calvados)

Rapporteur, M. Ruprich-Robert.

Les travaux projetés consistent principalement dans la restauration du choeur dont les maçonneries sont désagregées. Le projet est bien conçu et son auteur offre toutes les garanties désirables. La dépense est évaluée à 24 860 Francs ; les ressources locales étant de 12 500 Francs il reste à combler un déficit de 12 360 Francs.

M. le rapporteur propose d'accorder la moitié de cette somme sur le crédit des Monuments historiques et d'inviter la Commune à s'adresser pour l'autre moitié au ministère des Cultes.

Église Saint-Sauveur à Dinan (Côtes-du-Nord)

M. [Victor] Ruprich-Robert présente un devis de 12 282 Francs 10 pour la restauration des meneaux des six grandes fenêtres du choeur qui sont complètement ruinés. La Ville et la Fabrique demandent un secours de 6 000 Francs et s'engagent à parfaire le montant des ressources nécessaires.

M. le rapporteur propose d'accorder une subvention de 3 000 Francs et de transmettre le dossier qui contient une délibération du Conseil général à l'administration des Cultes.

Adopté.

Églises Saint-Gervais et Sainte-Trinité à Falaise (Calvados)

L'architecte ayant conformément aux observations de la Commission réduit chaque devis aux travaux les plus urgents, M. Ruprich-Robert, rapporteur, propose d'accorder 2 270 Francs pour l'église Saint-Gervais et 2 000 Francs pour l'Église de La Trinité. La commission adopte les conclusions du 80/15/10/238 rapport, mais à la condition que les fonds alloués par le ministère des Cultes pour les réparations de l'église de la Trinité seront affectés à l'exécution des travaux autorisés et non à des opérations de dégagement qui auraient pour conséquence la réparation immédiate des parties dégagées.

Église de Tour (Calvados)

M. Ruprich-Robert, rapporteur, propose d'approuver le devis de 8 195 Francs rédigé par M. de Baudot pour la restauration du clocher, de la façade et du transept nord, travaux qui paraissent indispensables, et d'accorder une subvention égale à la moitié de la dépense à la charge pour la Commune de parfaire le montant des ressources nécessaires.

Adopté.

Église de Sémelay (Nièvre)

M. [Victor] Ruprich-Robert propose de classer cette église, l'une des plus intéressantes du département, et d'accorder une subvention de 17 000 Francs pour les travaux de restauration. La Commune possède des ressources suffisantes pour parfaire le montant de la dépense évaluée à 29 815. Quant à la construction des parties détruites, elle resterait tout entière à la charge de la Commune qui n'aurait de secours à espérer que du ministère des Cultes.

La Commission adopte la proposition du classement. Quant à la question d'allocation, elle croit devoir la réserver en raison des engagements pris sur les exercices 1877 et 1878.

Augmentation du crédit annuel

M. le président pense que, dans cette situation, il serait prudent d'ajourner toute proposition d'allocation pour des entreprises nouvelles ; mais aussi qu'il conviendrait d'appeler l'attention de M. le ministre sur l'insuffisance du crédit de 1 100 000 Francs, la Commission devant se trouver pour longtemps dans la nécessité d'ajourner toutes les affaires soumises à son examen, si ce crédit n'était pas augmenté dès 1877. Indépendamment de cette augmentation qui devrait être assez importante, on pourrait, ainsi que l'administration des Cultes l'a fait récemment pour la cathédrale de Reims, demander des crédits spéciaux pour quelques monuments tels que l'église Notre-Dame de Laon et l'église abbatiale de Saint-Denis, dont il y aurait lieu d'autoriser la restauration.

M. Viollet-le-Duc est d'avis que, par sa généralité même, une demande d'augmentation du crédit ordinaire serait accueillie plus favorablement que celle de crédits spéciaux. Cette demande s'adressant à des intérêts plus nombreux peut-être facilement motivée. En effet par suite de l'augmentation du prix de la main d'oeuvre et de celui des matériaux, le crédit de 1 100 000 Francs a subi depuis 1859 une diminution de valeur considérable, la différence entre la somme des travaux exécutés aujourd'hui et ceux exécutés il y a quinze ans avec le même crédit étant du 1/3 au minimum. 80/15/10/239

Dans ces conditions, il s'agirait moins d'une augmentation du crédit que d'un rétablissement d'équilibre. On pourrait en outre appuyer la demande en faisant valoir l'intérêt qui s'attache à la conservation des monuments remarquables de toutes les époques au point de vue de l'art français, ainsi que les nombreux avantages résultant des travaux de restauration entrepris sur tous les points de la France.

La Commission, adoptant la proposition de M. le président, demande qu'un rapport soit adressé le plus tôt possible à M. le ministre dont l'attention devra être appelée sur l'étendue des besoins qui se révèlent de toutes parts et sur l'insuffisance absolue des ressources allouées pour y subvenir. Ce rapport devra conclure à la nécessité d'une forte augmentation du crédit ordinaire, à partir de 1877, sans préjudice des crédits spéciaux qui pourraient être demandés ensuite.

M. le président donne la parole à M. Millet pour la lecture de son rapport.

Église de Châtel-Montagne (Allier)

La restauration de cet intéressant édifice est presque terminée. 90 000 Francs dont 78 000 Francs alloués sur le crédit des Monuments historiques ont été dépensés jusqu'à ce jour, 15 500 Francs sont encore nécessaires pour l'achèvement de l'entreprise.

M. le rapporteur et M. l'Inspecteur général [Émile] Boeswillwald déclarent qu'il est impossible d'ajourner les travaux restant à faire ; un ajournement entraînerait la fermeture du chantier et le départ de l'entrepreneur installé sur place, la restauration resterait donc inachevée.

La Commission, prenant en considération les motifs invoqués à l'appui de la proposition d'allocation faite par M. Millet, est d'avis que les 2/3 de la somme nécessaire soient accordés sur le crédit des Monuments historiques. Pour le surplus, la Commune devra s'adresser au ministère des Cultes.

Église de Mareuil (Vendée)

M. Millet, rapporteur, fait connaître qu'un projet de restauration ayant été soumis à l'examen du Comité des Inspecteurs diocésains, l'édifice lui a paru offrir assez d'intérêt pour que la Commission des Monuments historiques fût appelée à donner son avis sur la question de savoir s'il n'y aurait pas lieu de le classer et sur les modifications que l'architecte devrait être invité à faire subir à son projet.

M. [Émile] Boeswillwald déclare que le plan de cette église est très beau et qu'à l'intérieur on remarque de très belles dispositions. Malheureusement, l'édifice est dans un état de dégradation tel qu'il serait peut-être prudent de ne point le classer pour ne pas être entraîné dans 80/15/10/240 une restauration très coûteuse. Toutefois la question pourrait être réservée pour permettre de recueillir de nouveaux renseignements notamment sur les ressources locales.

Église de Saint-Genou (Indre)

M. Millet, rapporteur, propose d'approuver le devis de 24 120 Francs 24 rédigé par M. Darcy pour la consolidation du choeur et du clocher et d'accorder une subvention de 15 000 Francs, la Commune devant posséder environ 3 000 Francs et le ministère des Cultes qui a promis son concours, devant vraisemblablement parfaire le montant des ressources nécessaires.

La Commission adopte en principe les conclusions du rapport mais en ajourne la réalisation au moment où l'augmentation du crédit permettra d'accorder de nouvelles subventions.

Église de Chambly (Oise)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'accorder une subvention de 6 000 Francs pour l'étaiement et le cintrage de la voûte du transept ébranlée par la chute d'une partie de la voûte du choeur. La Commission considérant qu'il importe de prendre les mesures de précaution proposées pour prévenir de nouveaux dégâts, adopte les conclusions du rapport. En ce qui concerne l'achèvement de la restauration, M. [Émile] Boeswillwald est d'avis que la dépense estimée 83 871 Francs peut-être réduite dans une assez forte proportion par l'adoption d'une série de prix basée sur la valeur des matériaux et de la main d'oeuvre dans la localité.

Tel est d'ailleurs l'avis de M. Gautier qui a déjà invité l'architecte à faire l'abandon du système onéreux suivi par son prédécesseur, et à procéder, par exemple, suivant les données acceptées pour la restauration d'un monument voisin, l'église de Saint-Leu-d'Esserent.

M. [Émile] Boeswillwald déclare qu'il y a urgence à reprendre et terminer les travaux suspendus depuis le remplacement de M. Verdier ; la Commune se plaint avec juste raison de l'état dans lequel on laisse depuis plusieurs années son église et des graves inconvénients qui en résultent au point de vue de la célébration des Cultes. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'une somme assez importante a déjà été consacrée à la restauration de l'église de Chambly et qu'une plus longue interruption des travaux aurait pour résultat de faire perdre le bénéfice des dépenses faites.

La Commission est d'avis qu'une promesse de secours soit faite à la Commune à la condition que de son côté elle fasse des démarches pour obtenir le concours du Conseil général et du ministère des Cultes. 80/15/10/241

Église de La Trinité à Vendôme (Loir-et-Cher)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'approuver le devis de 56 485 Francs rédigé par M. Mimey pour l'achèvement de la restauration de la Tour et d'autoriser l'exécution des travaux dans leur ensemble, vu la nécessité de profiter des échafauds existants pour terminer la restauration interrompue en 1870. Quant à la restauration de l'église évaluée à 213 883 Francs, on pourrait l'ajourner, tout en promettant d'y concourir lorsque celle de la Tour sera terminée, pour ne pas décourager la Fabrique qui serait disposée à s'imposer des sacrifices importants.

La Commission, adoptant les conclusions du rapport, propose d'approuver les deux projets en principe et d'accorder pour la restauration du clocher une subvention égale aux 2/3 de la dépense.

Église Notre-Dame-du-Pré au Mans (Sarthe)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'approuver le projet de clocher présenté par M. Darcy. Ce projet déjà soumis à l'examen de la Commission donne lieu à des observations en ce qui concerne l'emplacement choisi pour l'établissement du clocher ; mais, après nouvel examen, M. le rapporteur, a été amené à constater qu'il serait très difficile de construire ce clocher ailleurs que sur la façade en reportant le porche en avant. Toutefois le projet pourrait être simplifié ; la flèche notamment devrait être complètement modifiée et il y a lieu d'adresser à ce sujet des observations à M. Darcy.

Adopté.

La séance est levée à midi. 80/15/10/242

6 novembre 1876 [Lundi]
Présidence de M. Waddington, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts. Sont présents : MM. de Soubeyran, vice-président, Bailly, [Émile] Boeswillwald, de Boissieu, de Chennevières, Denuelle, Gautier, de Guilhermy, Laisné, de Lasteyrie, de Longpérier, Millet, Ruprich-Robert, du Sommerard, des Vallières et Viollet-le-Duc.
Le procès-verbal de la séance du jeudi 2 mars 1876 est lu et adopté.
Crédit budgétaire et monuments de l'Algérie

M. de Soubeyran remercie M. le ministre de l'accueil qu'il a bien voulu faire au voeu émis par la Commission en présentant à la Chambre des Députés une demande d'augmentation du crédit au budget de 1877 et en obtenant que le chiffre en fût élevé de 1 100 000 Francs à 1 360 000 Francs. M. de Soubeyran prie, en outre, M. le ministre d'intervenir auprès de la Commission du Budget en faveur des Monuments historiques de l'Algérie.

La demande d'un crédit de 3 000 Francs présentés par M. le Gouverneur général a été rejetée, sous le prétexte qu'il n'existe pas de Monuments historiques en Algérie, Il y a là une erreur qu'il importe de rectifier. Il suffira pour cela de signaler un certain nombre de constructions remarquables que l'Antiquité et l'art dit arabe nous ont laissées. L'Arc de Tebessa d'une part et la Mosquée de Tlemcen de l'autre peuvent être cités notamment comme des monuments de premier ordre et du plus haut intérêt. La France à elle-même de sauvegarder ces illustres débris du passé.

M. le ministre espère que la Commission du Budget mieux éclairée reviendra sur sa détermination. En ce qui concerne le crédit des Monuments historiques, il se propose de demander une nouvelle augmentation et pense qu'il sera possible d'atteindre le chiffre de 1 600 000 dans le budget de 1878. Mais il serait nécessaire de présenter à l'appui de la proposition un exposé de l'emploi du crédit des Monuments historiques pendant 3 ou 4 ans, dans lequel serait indiquée l'époque de l'achèvement des entreprises en cours d'exécution.

Une première note donnerait la liste des restaurations pour lesquelles des engagements ont été pris sur le crédit de l'exercice 1877 et ferait ressortir la dépense à prévoir pour ces mêmes restaurations sur les exercices ultérieurs, jusqu'en 1880 par exemple. L'achèvement des entreprises les plus importantes, telles que la restauration de la Basilique de Saint-Denis et 80/15/10/243 et de l'ancienne cathédrale de Laon, ferait l'objet d'une note spéciale.

Un autre état comprendrait les monuments dont il est urgent d'entreprendre la restauration et qui pourraient être restaurés dans une période de trois ou quatre années.

Enfin dans une dernière note, il y aurait à présenter les faits dans leur ensemble, à donner l'énumération des édifices dont la restauration moins urgente peut-être placée en seconde ligne et à développer les considérations générales qui sont de nature à frapper le côté élevé des esprits en montrant combien est immense la tâche à remplir.

Ce travail, destiné à être distribué aux membres des Commissions du Budget de 1878 à la Chambre des députés et au Sénat, devrait être rédigé sous la forme d'un rapport de la Commission au ministre.

A une observation de M. le ministre sur les frais généraux dont l'évaluation à 80 000 Francs lui paraît bien élevée par rapport à l'ensemble du crédit, MM. de Soubeyran et Viollet-le-Duc répondent en faisant répartir la nécessité d'une surveillance active sur les entreprises en cours d'exécution les architectes chargés de la direction des restaurations étant obligés à de fréquents voyages sur leurs chantiers pour s'assurer de la bonne exécution de travaux et par suite, du bon emploi des dossiers de l'État. Il y a lieu de remarquer d'ailleurs que les frais généraux comprennent en outre des voyages des architectes, les traitements et indemnités de déplacement des inspecteurs généraux, les acquisitions de dessins et de photographies pour les archives de la Commission, et que le chiffre prévu de 80 000 Francs porte non pas seulement sur le crédit inscrit au budget pour la conservation des Monuments historiques mais bien, ainsi que le fait observer M. du Sommerard, sur une dépense s'élevant à environ 3 millions par suite du concours des Communes, des départements et dans certains cas, du ministère des Cultes.

L'ordre du jour appelle la lecture du rapport :

Ancienne collégiale église Saint-Urbain à Troyes (Aube)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, fait ressortir l'intérêt que présente ce monument édifié sous le pontificat du pape Urbain IV de 1262 à 1268 et qui, bien que construit avec des moyens très économiques, se distingue par son élégance ainsi que par un système de structure merveilleuse au point de vue de la statique. Elevé d'un seul jet et par le même homme, ainsi qu'il résulte de 80/15/10/244 l'examen des matériaux et des marques de tacherons qui sont les mêmes dans ses différentes parties, il révèle chez le maître de l'oeuvre une hardiesse singulière et une science de construction remarquable. Il importe donc qu'un spécimen si intéressant de l'art champenois de la fin du XIIIe siècle soit précieusement conservé et que la restauration de l'église Saint-Urbain, ajournée depuis plus de 20 ans, soit enfin entreprise, puisque la Ville de Troyes a rempli l'obligation qui lui avait été imposée de procéder à ses frais aux opérations du dégagement.

Le projet présenté par M. Selmersheim comprend 1° la restauration du choeur et du transept ; 2° l'évaluation sommaire de la dépense nécessaire pour l'achèvement de la nef. La 1ère partie de l'entreprise est la seule dont il y ait lieu de s'occuper quant à présent. La dépense prévue est de 322 887 Francs 28.

M. le rapporteur propose d'approuver le projet sous réserve de quelques observations relatives à la réfection des voûtes du choeur et à l'arrangement du maître-autel et d'allouer sur le crédit des Monuments historiques la totalité des ressources nécessaires à la restauration, la Ville de Troyes s'étant imposé, en vue du dégagement, des sacrifices assez lourds pour que son concours dans la restauration ne soit pas exigé. En raison des désordres graves qui ont été reconnus depuis la démolition des constructions adossées au chevet de l'église, il serait nécessaire de conduire les travaux avec une certaine activité et la subvention pourrait être divisée à cet effet en 4 annuités de 80 000 Francs chacune.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

Église d'Appoigny (Yonne)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, déclare que le projet de restauration présenté par M. Paul Boeswillwald est très bien conçu, mais propose d'ajourner la restauration, l'édifice en question bien que complet et pur de style n'est, si on le compare à d'autres églises bourguignonnes de la même époque XIIIe siècle, qu'un monument de second ordre. La dépense de 66 886 Francs prévue pour les travaux est assez élevée pour qu'en raison de l'insuffisance des ressources dont l'administration dispose ou attende que la Commune ait pu réunir une notable partie des fonds nécessaires. Il est vrai que l'église d'Appoigny est en assez mauvais état et que les craintes exprimées par le Conseil général de l'Yonne sont justifiées dans une certaine mesure, cependant elle peut résister encore pendant quelques années, à la condition qu'on n'entreprenne pas 80/15/10/245 une restauration partielle, car, si l'on touchait aux arcs-boutants et aux contreforts, on se trouverait amené fatalement à refaire les voûtes, c'est-à-dire à restaurer le monument dans son ensemble.

Les conclusions du rapport tendant à l'ajournement sont adoptées.

Église Saint-Sernin de Toulouse (Haute-Garonne)

Sur la demande de M. le ministre, M. Viollet-le-Duc fait un exposé de la situation des travaux de restauration de l'église Saint-Sernin de Toulouse.

La restauration extérieure est très avancée, elle pourra être achevée cette année. Il ne restera plus que la façade dont la population de Toulouse désire vivement la restauration ou, plutôt, la reconstruction, car la façade actuelle n'est d'aucun style. Mais il y aurait à faire à l'intérieur du monument un travail beaucoup plus intéressant. Il s'agirait de débarrasser les quatre piliers supportant la tour de l'énorme enveloppe de brique qui a été construite au XVIe siècle pour les reconforter. Par suite de cet arrangement, l'aspect intérieur de l'église Saint-Sernin a été complètement modifié et il est très désirable que l'ancienne disposition soit rétablie, car sans la superfétation des piles le choeur serait splendide.

M. Viollet-le-Duc s'est assuré que, par une reprise en sous-oeuvre avec pierre de Carcassonne, on arriverait à rétablir les quatre piles dans leur forme première avec une force suffisante pour résister à la charge. Mais cette opération très délicate entraînerait une dépense d'environ 400 000 Francs et devrait être exécutée rapidement, c'est-à-dire dans un espace de 4 ans. Ce travail important devra en tout état de cause précéder la construction de la façade.

Église du Taur à Toulouse (Haute-Garonne)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose de déclasser ce monument que de récents travaux, exécutés sans autorisation sous la direction de l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées de la Ville, ont complètement dénaturé. C'est ainsi que pour faire à l'intérieur une décoration uniforme du plus mauvais goût, on a caché, peut-être même altéré, en la recouvrant une curieuse peinture du XIVe siècle. On a en outre établi une tribune d'orgue dont la charpente est revêtue de terre cuite et dont le style burlesque répond à l'ensemble de la nouvelle décoration de l'église. Enfin l'abside qui présentait une disposition particulière et fort intéressante a subi des modifications qui témoignent de l'ignorance de ceux qui ont fait exécuter les travaux. 80/15/10/246

L'église du Taur, bâtie suivant la légende sur l'emplacement où est mort saint Saturnin, renfermait le tombeau de ce saint. Pour recevoir ce tombeau, on avait élevé une abside carrée formant chapelle à deux étages, flanquée de chaque côté de deux grandes absides, de telle sorte que les fidèles pouvaient passer sous la châsse. Cette disposition originale qu'il était intéressant de conserver a été modifiée et la forme du choeur ne s'explique plus.

Pour dégager sa responsabilité, la Commission doit protester contre de pareils ouvrages par le déclassement. Les faits de ce genre qui se produisent fréquemment, ajoute M. le rapporteur, démontrent de plus en plus l'insuffisance des règlements relatifs à la conservation des Monuments historiques, les instructions ministérielles ne donnant pas d'action directe. En Italie, en Espagne, en Bavière, il existe une législation spéciale pour la protection des monuments et la conservation des objets d'art qu'ils renferment aux frontières locales.

M. le directeur des Beaux-arts rappelle à la Commission que M. Rousse, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats à la Cour d'Appel de Paris, a été chargé de préparer un projet de loi relatif à la conservation des Monuments historiques et des objets d'art que renferment les édifices publics en général. Il pense qu'il y a là un travail d'ensemble à faire, avec l'aide des différents départements ministériels, avec l'administration des Cultes notamment.

Les conclusions du rapport de M. Viollet-le-Duc tendant au déclassement de l'église du Taur à Toulouse sont adoptées.

La séance est levée à 11 heures. 80/15/10/247

29 décembre 1876 [Vendredi]
Présidence de M. de Soubeyran, vice-président. Membres présents : MM. Bailly, [Émile] Boeswillwald, de Boissieu, de Chennevières, Denuelle, Gautier, de Guilhermy, Laisné, Millet, Ruprich-Robert, du Sommerard, des Vallières et Viollet-le-Duc. MM. de Lasteyrie et Questel s'excusent de ne pouvoir assister à la séance pour raison de santé.
Le procès-verbal de la séance du 6 novembre 1876 est lu et adopté.
Projet de loi sur les Monuments historiques

M. le directeur des Beaux-arts annonce que M. Rousse a promis de remettre prochainement un travail sur la question de la conservation des Monuments historiques et des richesses d'art de la France.

M. le président pense qu'avant de donner lecture à la Commission du rapport au ministre sur les besoins du service, il conviendrait que chaque membre individuellement prit connaissance de ce document et de ses annexes.

L'ordre du jour appelle la lecture du rapport sur :

Amphithéâtre de Nîmes (Gard)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose d'approuver le nouveau devis de 152 754 Francs présenté par M. Révoil. Ce devis comprend les travaux de consolidation de la galerie du rez-de-chaussée dans son entier et la restauration des piles et voûtes de la galerie du 1er étage, à la suite de la partie restaurée de 1865 à 1870. Tous ces travaux sont également urgents et ne peuvent être ajournés sans danger par suite de l'état de ruine des piliers du 1er étage et des linteaux qui, dans la galerie, portent les voûtes, en reliant les murs extérieurs et intérieurs. M. le rapporteur propose en conséquence d'allouer une subvention de 80 000 Francs sur le crédit des Monuments historiques, à la charge par la Ville de Nîmes de fournir la somme complémentaire de 72 754 Francs.

M. Denuelle est d'avis que la dépense devrait être laissée tout entière à la charge de la Ville qui retire un profit de la location des arènes et qui a changé l'aspect du monument par des travaux intérieurs exécutés en vue des jeux.

MM. [Émile] Boeswillwald et Viollet-le-Duc font observer qu'il ne s'agit pas aujourd'hui de la gradination [sic] ni d'aménagement intérieurs, mais de travaux de consolidation à l'intérieur, travaux qu'il faut exécuter à tout prix si l'on veut prévenir des accidents de la plus haute gravité.

Les conclusions du rapport mises aux voix sont adoptées. 80/15/10/248

M. le directeur des Beaux-arts annonce que M. le ministre retenu à Versailles par la discussion du Budget ne pourra recevoir la Commission cette année le 1er janvier.

Église de Saint-Restitut (Drôme)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, fait connaître que les travaux autorisés en 1875 ont eu pour résultat d'arrêter les mouvements de dislocation qui s'étaient produits de la base au sommet de la face ouest ; il propose de profiter de l'installation du chantier pour achever le plus promptement possible la consolidation de l'édifice par la reprise à l'intérieur des piliers et des voûtes dont l'état de ruine est alarmant. La dépense complémentaire est évaluée à 10 365 Francs 75.

La Commission, adoptant les conclusions du rapport, est d'avis qu'il y a lieu d'autoriser M. Révoil à poursuivre les travaux nécessaires sans interruption.

Ancienne abbaye de Brantôme (Dordogne)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, propose le rejet de la demande de secours faite par la Commune en vue de la réparation des bâtiments de l'ancienne abbaye, construction du XVIIe siècle sans intérêt.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

Église de Bénévent-l'Abbaye (Creuse)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, rend compte des travaux exécutés jusqu'à ce jour. 115 000 Francs ont été dépensés, l'édifice a été presque entièrement remis à neuf, ce que l'artiste et l'archéologue doivent regretter, car l'édifice de Bénévent -ainsi rajeuni- aura perdu pour eux une grande partie de son intérêt. Il ne reste plus aujourd'hui qu'à réparer le clocher et à rétablir la charpente et la couverture de la flèche ; l'architecte évalue la dépense à 47 300 Francs mais, d'après l'inspection des lieux, à part l'état de dégradation de la flèche provenant du défaut d'entretien, rien dans l'état actuel du clocher ne justifie la proposition de démolition et de reconstruction de ses maçonneries ni la retaille des parements. Les seules réparations nécessaires consistent dans la destruction des végétations qui poussent dans les joints des glacis de la face occidentale, dans le remplacement de quelques morceaux de corniche, de bandeaux et dans la réfection des joints dégradés. Une somme de 20 à 22 000 Francs suffirait pour exécuter ces réparations qui viendraient terminer l'entreprise.

M. le rapporteur propose d'accorder une nouvelle subvention de 12 000 Francs et d'inviter l'architecte à soumettre à l'examen de la Commission son projet de reconstruction de la flèche sur 20 mètres de hauteur. La Commune aurait à pourvoir au complément de la dépense.

Les conclusions du rapport sont adoptées.

Église de Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, fait un exposé de la situation de ce monument qui a été construit en 80/15/10/249 matériaux se désagrégeant au contact de l'air et dans lequel il s'est produit, dès la fin du XVe siècle, de graves désordres que n'ont pas suffisamment arrêtés les travaux de consolidation exécutés depuis cette époque. La restauration de ce monument entreprise en 1844 a été suspendue en 1848 mais, depuis cette époque, les dégradations ont augmenté à tel point que le monument est en péril aujourd'hui. L'église de Moret offre encore assez d'intérêt pour que l'État avise aux moyens de la sauver d'une ruine certaine et M. le rapporteur propose de charger un des architectes attachés à la Commission de préparer un devis des travaux de conservation indispensables.

La Commission adopte les conclusions du rapport et désigne l'un de ses membres, M. Laisné, pour l'étude du projet de restauration.

M. le baron de Soubeyran est remplacé au fauteuil de la présidence par M. le marquis de Chennevières, directeur des Beaux-arts.

Église de Blécourt (Haute-Marne)

M. [Émile] Boeswillwald rappelle que cette affaire, déjà examinée par la Commission dans sa séance du 8 juillet 1875, a été ajournée parce que le montant des ressources locales n'était pas connu à cette époque. La Commune invitée à déterminer sa part contributive dans la dépense évaluée à 87 691 Francs a réuni une somme de 11247 Francs ; elle demande à l'État de pourvoir au surplus soit 76 644 Francs.

M. Viollet-le-Duc pense que la reconstruction du porche estimée à 13 165 Francs pourrait être ajournée, ce qui réduirait le découvert à 63 479 Francs.

La Commission, adoptant cette proposition, émet l'avis qu'une subvention de 50 000 Francs soit accordée et que le dossier soit renvoyé au préfet de la Haute-Marne pour que le Conseil général, saisi de l'examen de cette affaire dans sa prochaine session puisse demander un secours de 13 479 Francs sur le budget des Cultes.

Palais de Justice de Bourges (Cher) (ancien Hôtel Jacques Coeur)

M. [Émile] Boeswillwald, rapporteur, est d'avis que le projet de square avec passage circulaire entre la rue Jacques Coeur et la place Berry présenté par la Ville de Bourges offre des inconvénients qui doivent le faire écarter. L'État serait en effet plus tard amené à regretter l'abandon du terrain qui, du côté du passage, isole et protège le Palais, la nécessité de créer un parterre pour protéger la statue de Jacques Coeur donnée par l'État à la Ville de Bourges n'est pas assez évidente pour justifier cet abandon.

M. le rapporteur se joint donc à M. Bailly, architecte du monument, 80/15/10/250 pour demander le maintien de l'approbation donnée précédemment par M. le ministre de l'Intérieur d'après l'avis de la Commission au projet n°1 bis. La seule modification, qui pourrait être faite à ce projet pour donner satisfaction à l'une des réclamations de la Municipalité, consisterait dans une diminution de la hauteur du soubassement de la grille.

M. Viollet-le-Duc croit qu'il y aurait en effet un grand inconvénient à ce que l'État fasse l'abandon d'un terrain qui permettrait au besoin d'ajouter des annexes au Palais de Justice si cela devenait un jour nécessaire. Il y a d'ailleurs un grand intérêt à conserver une zone d'isolement suffisamment vaste et l'administration doit insister pour que les droits de l'État soient réservés. La concession d'une voie d'accès à l'escalier attenant à la place Berry est la seule que l'État ait avantage à faire pour obtenir la suppression de la servitude du passage dans l'Hôtel Jacques Coeur.

La Commission, adoptant les observations de M. [Émile] Boeswillwald, Bailly et Viollet-le-Duc, propose le maintien de l'approbation donnée précédemment au projet n°1 bis.

Église de Saint-Genou (Indre)

M. Millet, rapporteur, rappelle que la Commission a déjà examiné cette affaire, dans sa séance du 2 mars 1876 et qu'elle a en principe adopté la proposition faite à cette époque d'accorder une subvention de 15 320 Francs pour l'exécution des travaux évalués par M. Darcy à 24 120 Francs. Mais le crédit des Monuments historiques était épuisé et l'allocation proposée doit être ajournée après le vote du budget de 1877.

M. le rapporteur propose de régulariser cette affaire et d'accorder sur les fonds disponibles une subvention de 15 320 Francs à la charge pour la Commune de pourvoir au complément de la dépense, avec l'aide de l'administration des Cultes dont le concours lui est assuré.

Église Sainte-Catherine à Honfleur (Calvados)

La Fabrique possède 45 000 Francs qu'elle propose d'affecter à la restauration de cette curieuse église en bois qui a été classée en 1867 et demande que l'État lui vienne en aide, pour mener à bien l'entreprise.

M. Millet, rapporteur, est d'avis que cette demande mérite d'être prise en considération, mais qu'il conviendrait, avant de prendre aucun engagement, de bien se rendre compte au préalable de l'état du monument et de la possibilité de procéder à sa restauration.

La Commission propose de mettre à la disposition de M. Millet une somme de 5 000 Francs qui sera employée à l'étude du monument et à la préparation du projet de restauration, s'il y a lieu. La Fabrique 80/15/10/251 conserverait intactes les ressources qu'elle a réunies, l'emploi en serait déterminé après le dépôt du rapport de M. Millet.

Église de Sémelay (Nièvre)

M. [Victor] Ruprich-Robert rappelle que cette église a été classée et un avis donné. A ce moment, le crédit des Monuments historiques de l'exercice 1876 était épuisé et la restauration fut ajournée. Les travaux urgents sont évalués à 29 815 Francs ; la Commune peut y affecter une somme de 12 800 Francs dans laquelle est compris un secours de 5 000 Francs accordé sur le budget des Cultes. Le déficit auquel il reste à pourvoir est donc de 17 015 Francs.

La Commission propose de combler ce déficit par une allocation de 17 000 Francs divisible en deux annuités.

Prétoire de Guerlesquin (Finistère)

M. Ruprich-Robert, rapporteur, propose d'approuver le projet de restauration dressé par M. Corroyer qui évalue la dépense à 13 545 Francs, si l'État accordait une subvention de 10 000 Francs, il est probable que la Commune bien qu'elle paraisse assez mal disposée, ne refuserait pas de parfaire le montant des ressources nécessaires, le bâtiment devant rester affecté à un service municipal.

La Commission, considérant qu'il y a un grand intérêt à prévenir la ruine de ce petit monument qui est peut-être unique en France, demande qu'une subvention de 10 000 Francs soit accordée pour sa restauration.

Église Saint-Étienne de Caen (Calvados) (ancienne abbaye aux Hommes)

M. [Victor] Ruprich-Robert rend compte des dégâts causés aux couvertures par les derniers ouragans en 1876. Des réparations importantes étant nécessaires, il conviendrait peut-être de déposer le comble de la nef dont la surélévation a fait perdre à l'église son caractère primitif, pour le rétablir avec la pente indiquée par les anciens solins en pierre conservés sur les tours. La dépense évaluée à 30 627 Francs pourrait être imputée sur les crédits alloués pour l'exécution des travaux autorisés en 1875, sauf à couvrir le déficit qui en résulterait par une allocation supplémentaire à la fin de l'entreprise.

M. Viollet-le-Duc pense qu'il faudrait pour assurer l'écoulement des eaux établir des chéneaux. Il est vrai qu'à l'origine, il n'y avait pas de chéneaux mais on en a établi plus tard (du XIIIe au XVe siècles) parce qu'ayant reconnu les vices du système on a voulu remédier aux inconvénients dont les premiers constructeurs ne s'étaient pas préoccupés. Par les pluies d'orage, en effet, un monument aussi vaste que l'église Saint-Étienne reçoit une énorme quantité d'eau qui retombe du comble 80/15/10/252 supérieur sur celui des bas-côtés, vient d'abord inonder le pied des murs et causer une humidité pernicieuse. On pourrait donc tout d'abord établir un chéneau métallique, ce qui ne serait pas fort coûteux, et aurait pour avantage d'empêcher des infiltrations dangereuses.

Les propositions de M. [Victor] Ruprich-Robert sont adoptées sous réserve des observations présentées par M. Viollet-le-Duc.

Église d'Aumale (Seine-Inférieure)

M. Ruprich-Robert, rapporteur, propose d'autoriser les travaux projetés qui consistent dans des réparations au socle des piliers intérieurs d'une chapelle ; la dépense évaluée à 1 645 Francs restant à la charge du curé.

Adopté.

Église Saint-Martin à Brive-la-Gaillarde (Corrèze)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'accorder une subvention de 61000 Francs en deux exercices, pour l'exécution des travaux urgents dont la dépense est évaluée par M. de Baudot à 120 000 Francs. La Ville a réuni 92 975 Francs qu'elle voulait employer à la reconstruction de la partie antérieure de l'église et de la façade. Sur les observations qui lui ont été faites, elle a renoncé à ce projet et s'est engagée à prélever sur les ressources disponibles une somme de 35 000 Francs destinée à l'acquisition de deux maisons attenant à la façade. Ce prélèvement fait, il ne lui restera plus qu'une somme de 58 975 Francs pour les travaux urgents, et le déficit à combler est de 61 000 Francs.

La Commission adopte les conclusions du rapport en vue d'une allocation de 61000 Francs dont 40 000 Francs sur l'exercice 1877.

M. le directeur des Beaux-arts remet la présidence à M. du Sommerard.

Église d'Eu (Seine-Inférieure)

M. Viollet-le-Duc rend compte de la situation de l'entreprise. Il a été dépensé pour la restauration de la nef environ 500 000 Francs ; 122 000 Francs seraient nécessaires pour terminer les travaux en cours d'exécution. La restauration des autres parties de l'édifice peut-être évaluée à 988 000 Francs. On pourrait pourvoir à l'achèvement de la nef et à quelques travaux complémentaires, tels que la réparation des verrières, l'établissement d'une nouvelle descente à la crypte en continuant pendant deux ans les allocations de 40 000 Francs. Quant à la troisième annuité de 42 000 Francs, il y aurait à demander au département d'en prendre la moitié à sa charge.

Adopté.

Église de Plailly (Oise)

Cet édifice est fort intéressant et du meilleur style. M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'accorder pour sa restauration une somme de 10 000 Francs à la charge pour 80/15/10/253 la Commune qui possède déjà 12 000 Francs de parfaire le montant du devis de 25 229 Francs présenté par M. Werlé.

Adopté.

Église Saint-Jacques à Dieppe (Seine-Inférieure)

M. Viollet-le-Duc, rapporteur, propose d'approuver le devis de 184 920 Francs établi par M. Sauvageot pour les travaux restant à faire. Une somme de 48 074 Francs restant libre sur le montant des fonds qui avaient été mis à la disposition de M. Lance, la dépense à couvrir serait de 136 846 Francs. Le Conseil municipal de Dieppe a voté une somme de 70 000 Francs. Le Conseil général doit de son côté s'associer à l'entreprise, M. le rapporteur pense donc qu'en accordant une nouvelle subvention de 46 000 Francs sur le crédit des Monuments historiques l'exécution des travaux proposés serait assurée, il propose en outre d'autoriser M. Sauvageot à faire emploi immédiatement des 48 000 Francs disponibles pour le rétablissement des couvertures du collatéral et des chapelles du choeur.

Adopté.

Mission de M. Leblan

M. Viollet-le-Duc rend compte de l'étude faite par cet architecte pour servir de corollaire à son intéressant travail sur l'église Saint-Rémi à Reims. Les monuments étudiés par M. Leblan sont les églises de Fismes, Bezannes, Vignory, Montier-en-der, Sacy (Marne) auxquelles viennent se joindre celles de Neuwiller (Bas-Rhin) et de l'Erne (Aisne) qui lui ont permis de faire des rapprochements intéressants.

Les documents soumis aujourd'hui à l'examen de la Commission font voir que les nefs champenoises qui datent des Xe, XIe siècle et commencement du XIIe siècle étaient toutes couvertes par des charpentes sans voûtes. Il y aurait un grand intérêt, ajoute M. le rapporteur, à publier ce travail afin de faire saisir à nos jeunes architectes les moyens de procéder à l'étude analytique de nos monuments et le côté pratique de cette étude.

M. Viollet-le-Duc propose en conséquence de comprendre le dernier travail de M. Leblan dans les Archives de la Commission comme complément de sa monographie de l'église Saint-Rémi de Reims qu'il a complétée d'après de nouvelles recherches.

Adopté.

Ancienne église des Carmes à Bourges (Cher)

Sur la demande de M. Bailly, rapporteur, l'affaire est ajournée.

Musée de Cluny à Paris (Seine)

M. du Sommerard présente à la Commission un projet de surélévation de la salle des voitures. Cette nouvelle disposition permettra d'établir une galerie de communication entre la nouvelle salle et la galerie des armes. La dépense est évaluée 80/15/10/254 à 38 000 Francs.

Adopté.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 11 h 30.


54minute absente