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1829, 1er août. Préfecture du département de la Seine. [Bilan des travaux.]

. Paris

Église de Saint-Germain-des-Prés. Compte-rendu de la restauration générale de l’édifice.

  • Arch. nat., F 3 (II) Seine 32 no 7
Copie de la lettre écrite par l’architecte inspecteur en chef de la 2e section des travaux publics du département de la Seine et de la ville de Paris, à M. le vicomte Héricart de Thury, directeur des Travaux publics.

Monsieur le Vicomte,

Par ma lettre du 30 juillet 1829, relative aux travaux de l’église Saint-Germain-des-Prés, je vous annonçais que je ne pouvais donner un compte exact des dépenses des travaux exécutés pendant les exercices 1823, 1824 et 1825 parce que les mémoires du dernier exercice étaient au règlement et que j’attendais que le vérificateur eût terminé son travail pour faire connaître les motifs d’urgence ou d’utilité de ces travaux.

Le vérificateur ayant fait le règlement de ces mémoires, j’en ai relevé des extraits pour composer des devis sur les divers travaux mis en exécution d’après des autorisations verbales, et pour lesquels j’aurais besoin d’autorisations spéciales pour la régularité des dépenses.

J’ai reçu une autorisation portant la date du 22 avril 1823 pour déraser les tours du nord et du midi, placées l’une à droite et l’autre à gauche du chœur, jusqu’à la hauteur des chéneaux des grands combles et pour en faire la restauration dans leurs parties inférieures jusqu’à la hauteur correspondant aux chapiteaux des piliers de la nef.

La dépense, y compris la réparation du mur des chapelles au pourtour du chœur, était évaluée à 100 764,95 F

Ces travaux ont été faits et liquidés en 1824.

Il se trouve un excédent dans la dépense de 9 393,22 F qui fut reporté sur l’exercice suivant.

Alors tous les travaux nécessaires pour mettre cette église en état n’étaient point faits et ceux qui venaient d’être exécutés auraient été sans objet si d’autres parties de l’édifice n’avaient été également restaurées, celles-ci ne présentant pas un péril aussi imminent que les piliers de la nef, malgré qu’elles fussent atteintes par les sels du salpêtre qui en avaient décomposé la pierre, parce que les piliers étant isolés devaient moins résister qu’une continuation de murs qui se buttaient les uns par les autres : néanmoins les mêmes dégradations existaient dans toutes les chapelles du pourtour du chœur et leur restauration prompte devenait indispensable.

Le mur extérieur de la sacristie construit en moellons s’est écroulé, la charpente du comble était pourrie dans toutes les parties et il fallut la reconstruire.

Il n’existait pas de chapelle à la Vierge. L’autel en pierre qui avait été construit dans le rond-point du chœur à l’époque où le Pape en avait posé la première pierre, fut déplacé d’après la demande de M. le Curé pour en faire l’ornement principal d’une chapelle à la sainte Vierge qui a été érigée par autorisation de M. le Préfet au centre des chapelles au pourtour du chœur. L’autorisation donnée par ce magistrat n’a fait que consacrer le principe car elle ne portait que sur la maçonnerie, se réservant de créditer de nouveaux fonds pour le surplus des travaux ; et comme cette construction se rattachait à la restauration des chapelles du pourtour du chœur, il a fallu le suivre dans toutes les parties pour ne rien laisser en souffrance.

À cette époque, son Excellence le ministre de l’Intérieur fit le don d’une balustrade en marbre provenant de l’église de Saint-Denis, pour la placer au devant du chœur comme appui de communion ; il mit également à la disposition de M. le Préfet les monuments funèbres qui se trouvaient au musée des Petits-Augustins, pour les replacer dans l’église aux mêmes places qu’ils occupaient avant la Révolution.

Ces monuments ayant été considérés comme objets d’art, j’ai reçu directement de M. le Préfet l’ordre de les faire placer dans les chapelles en y faisant les restaurations convenables.

Les états mensuels que j’ai eu l’honneur de vous adresser à la fin de chaque mois vous rendaient compte de l’avancement de ces travaux, sur lesquels je n’ai eu que des autorisations verbales, parce que l’administration a bien senti qu’elle ne pouvait pas donner des autorisations spéciales avec assignations fixes de frais, attendu que ces travaux consistaient pour la majeure partie en reprise des murs en sous-œuvre et restaurations difficiles à évaluer exactement.

Ce n’est donc que sur les mémoires réglés que j’ai pu dresser des devis que j’ai l’honneur de vous présenter au nombre de seize.

Détail des sept premiers.

Un pour le supplément des travaux aux deux tours, par suite de l’arrêté du 22 avril 1823, montant à 9 939,22 F
Un sur la chapelle de la Vierge montant à 47 060,90 F
Dont pour les travaux 38 900,35 F
Pour les objets d’art 8 160,55 F
Somme totale 47 060,90 F
Un pour la restauration des chapelles du pourtour du chœur, montant à 35 730,83 F
Dont pour les travaux 32 642,83 F
Pour les objets d’art 3 088,00 F
Somme égale 35 730,83 F
Un pour le chœur et sanctuaire comprenant des incrustations dans les piliers, le massif en moellons sous les dalles, le carrelage,
l’ajustement des stalles en menuiserie avec plancher en bois ; la mise en place de la balustrade et marches en marbre accordées par
son Excellence le ministre de l’Intérieur ; la sculpture de 8 chapiteaux des piliers à l’entrée du chœur et pose de l’appui de
communion montant à
24 319,88 F
Un pour la reconstruction de la sacristie tombée en ruines, montant à 9 240,39 F
Un pour les deux autels dans les bras de la croix dédiés l’un à sainte Marguerite et l’autre à saint François-Xavier, montant à 15 647,94 F
Un pour la mise en place de quatre monuments funèbres accordés aussi par son Excellence le ministre de l’Intérieur représentant
saint Casimir, roi de Pologne, Jacques Douglas, Guillaume Douglas et les Castellan, considérés comme objets d’art montant à
5 650,09 F
Enfin les quatre devis comprenant : Objets divers

N° 1. Le rétablissement du banc d’œuvre

Menuiserie 1 206,58 F

Serrurerie 16,00 F

montant à

1 222,58 F
N° 2. La mise en état des confessionnaux et menus ouvrages montant à 1 626,29 F
N° 3. Le badigeonnage et grattage de toute l’église à 3 281,04 F
N° 4. La maçonnerie, réparations diverses, bouchement de crevasses dans les voûtes pour les disposer à recevoir le badigeonnage ;
reconstruction d’un mur de clôture et plafond dans les tribunes du chœur, montant à
2 556,31 F
N° 5. Carrelage en raccord dans les bras de la croix entre la nef et le chœur à 3 149,66 F
N° 6. Marbrerie, frottage au grès des marbres de la chapelle Saint-Symphorien ; et apports et sciages préparatoires des marbres
accordés par son Excellence le ministre de l’Intérieur à M. le Curé pour la construction du maître-autel, montant à
1 095,00 F
N° 7. Réparation de la charpente dans le grand comble par suite des travaux de couverture, montant à 800,00 F
N° 8. La serrurerie d’une grille de défense à une croisée ; et petits fers à 4 autres croisées ; plus une serrure à la porte de l’horloge,
montant à
710,20 F
N° 9. La fumisterie pour l’arrangement d’un poële et ses tuyaux au bureau de l’agence, montant à 43,50 F
Total des devis ci-joints 161 516,00 F
1er devis des tours 100 764,50 F
Total général des devis 262 280,95 F

Les mémoires réglés montant ensemble pour les trois exercices 1823, 1824 et 1825, à

À cette somme, il convient d’ajouter

pour ordre

257 734,05 F
1° le montant des réclamations sur la maçonnerie 3 784,83 F
2° idem pour la pose des statues 100,00 F
3° le montant d’un mémoire à fournir par le peintre pour la chapelle Saint-François-Xavier 620,00 F
4° la légère différence sur les prix de devis avec ceux du règlement, vu la division et les quantités minimes 42,07 F
Total égal 262 280,95 F 262 280,95 F

L’État ci-joint établit d’un coup d’œil le montant de chaque nature d’ouvrages par exercice.

Les mémoires correspondant aux susdits devis ont été produits à la direction aussi par exercice, il ne s’agit plus que d’y joindre des arrêtés de régularisation pour solder les travaux dont l’utilité a été reconnue par l’administration.

M. le Curé voulant contribuer aux dépenses, a donné en acompte aux entrepreneurs ci-après nommés, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous en faire part, dans mon rapport du 28 mai 1826

A M. Morin, menuisier 1 000,00 F Ensemble une somme
de 6 000,00 F
A M. Plantar, sculpteur 3 000,00 F
A M. Bernard, marbrier 2 000,00 F
Qui sera à diminuer lors de la liquidation définitive, en sorte que l’administration n’aura à pourvoir,
y compris la dépense de la restauration des tours, qu’à l’allocation d’une somme de
262 280,95 F
pour compléter entièrement les dépenses faites à l’église Saint-Germain-des-Prés
Dont déjà accordés 100 764,95 F
Et les acomptes ci-dessus 6 000,00 F
Reste, crédit à allouer 155 516,00 F
Total égal 262 280,95 F 262 280,95 F

Cette somme est importante, sans doute, mais pour M. le préfet de la Seine, pour vous, Monsieur le Vicomte, qui avez l’un et l’autre connu par vous-même l’état déplorable d’un des plus anciens édifices de Paris et apprécié l’utilité des travaux qui l’ont replacé au rang des monuments les plus remarquables de la capitale, il est démontré, j’en ai l’assurance, qu’il n’était pas possible de faire moins, ni de faire à moins de frais, tant et de si périlleux travaux à l’occasion desquels j’ai été assez heureux pour obtenir la récompense que j’ambitionne le plus, le suffrage de mes supérieurs.

Je suis avec respect,

Monsieur le Vicomte,

Signé Godde

Pour copie conforme : le Secrétaire général de la préfecture de la Seine,

De Fresne