École des chartes » ELEC » Correspondance et états de situation » 1820 » 1820, 8 mai. Direction des travaux de Paris. À son Excellence le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur. [Mesures conservatoires.]

1820, 8 mai. Direction des travaux de Paris. À son Excellence le ministre secrétaire d’État au département de l’Intérieur. [Mesures conservatoires.]

. Paris

Église Saint-Germain-des-Prés.

  • Arch. nat., F 13-882 nos 3 à 5

Monseigneur,

J’ai su que votre Excellence était allée hier matin voir l’église Saint-Germain-des-Prés où des dégradations majeures viennent de se manifester avec une grande rapidité, et d’après cela j’ai lieu de croire que vous mettez de l’intérêt à savoir comment ces dégradations se sont annoncées, quelles en sont les causes et quelles peuvent en être les conséquences ; je m’empresse donc d’avoir l’honneur de vous faire part des renseignements que j’ai à cet égard :

Averti moi-même par les journaux de ce qui arrivait à cette église, je me suis hâté de m’y rendre et j’ai été réellement effrayé de l’état de cet édifice ; aussitôt j’ai réuni ceux des architectes qui m’ont paru être le mieux en état de juger de cette affaire ; j’ai passé avec eux deux heures sur les lieux ; nous avons su que les piliers de l’église avaient donné depuis quelques temps des indices de décomposition qui avaient été observés mais que tout à coup un de ces piliers s’était gercé, fracturé, et qu’il avait fallu l’étayer avec précipitation ; un second pilier a cédé presque en même temps, enfin les autres se sont gercés à leur tour et il a fallu songer à préserver l’église d’une chute prochaine. Nous avons tous reconnu que cette dégradation, ou plutôt cette destruction, tenait à l’âge des constructions, à la décomposition totale des matériaux de tout le bas de la nef qui est la partie la plus anciennement bâtie ; qu’il était indispensable de reconstruire la nef dont la restauration coûterait à peu près aussi cher et laisserait encore des inquiétudes graves à cause de l’effet que le décintrement pourrait produire sur les parties à conserver ; qu’il faudrait consolider les piliers de la croix, mais que, jusqu’à ce moment, le chœur ne présentait aucun indice de péril et qu’on pouvait y continuer sans inconvénient l’exercice du culte en prenant la précaution de ménager une nouvelle entrée aux fidèles par une porte que l’on vient d’ouvrir à côté de la sacristie, de fermer la grande porte sous l’orgue, et d’interdire par des barricades en planches l’entrée par la nef, les bas-côtés et les bras de la croix. Nous avons pris des dispositions pour que dès hier on pût célébrer l’office et admettre sans aucun danger le public dans le chœur. Le système d’étaiement bien conçu par M. Godde, architecte de l’édifice, se complète, et je puis vous assurer que les dégradations qui se manifestaient et se propageaient avec une rapidité vraiment alarmante seront maintenues de manière à prévenir tous les accidents : mais il reste certain dans tout cela qu’il faut démolir de suite les deux tours voisines du chœur et que la nef toute entière devra être reprise à grands frais ou reconstruite.

J’ai, au reste, instruit M. le préfet de la Seine de la réunion d’architectes que j’avais provoquée, je l’ai informé sommairement avant-hier du résultat de cette visite et je lui transmets aujourd’hui-même ampliation de l’avis motivé rédigé par cette commission, en le priant de prendre une décision sur les travaux qu’il jugera convenable d’autoriser.

Je suis avec respect, Monseigneur, de votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur,

Le conseiller d’État, directeur des Travaux de Paris,
Hély d’Oissel