École des chartes » ELEC » Correspondance et états de situation » 1820 » 1820, 4 mai. Conseil des Bâtiments civils. Rapport présenté à son Excellence le ministre de l’Intérieur. [Dégradation du bâtiment.]

1820, 4 mai. Conseil des Bâtiments civils. Rapport présenté à son Excellence le ministre de l’Intérieur. [Dégradation du bâtiment.]

. Paris

  • Arch. nat., F 13-882 nos 6 et 7

Monseigneur,

Ayant eu connaissance de l’état de dégradation où se trouve presque subitement l’église Saint-Germain-des-Prés, qui est comprise dans l’arrondissement de mon Inspection générale, je me suis transporté sur les lieux : j’ai reconnu que cet édifice menace ruine d’une manière effrayante et qu’il y a péril imminent. J’ai jugé même le danger tel, que j’ai cru devoir prendre sur moi d’engager M. Godde, architecte de ce monument, à interdire l’entrée de la nef au public.

Tous les piliers de la nef, principalement ceux de la gauche, saturés par le salpêtre, qui fut autrefois déposé dans ce local, cèdent, éclatent, se fendent à leur partie inférieure ; les matériaux ayant perdu leur énergie, se pulvérisent sous la charge qu’ils supportent, en sorte que les arcs, les murs latéraux élevés au-dessus et la voûte de l’église ont pour ainsi dire perdu leurs points d’appui. Cet état de choses, qui a fait depuis quinze jours des progrès effrayants, est tel que, pour me servir d'une comparaison, le malade a désormais à peine la force de supporter les remèdes et l’étaiement lui-même, qui ne peut se placer sans donner à la fabrique un certain ébranlement, doit concourir à rendre la situation du monument plus alarmante et la position des travailleurs plus périlleuse.

J’ai cru devoir, Monseigneur, vous donner avis de cet état de choses, et je pense qu’il serait peut-être avantageux que Votre Excellence choisît dans le Conseil des Bâtiments une commission, comme cela a lieu en de semblables circonstances, pour faire, conjointement avec l’Inspecteur général soussigné, l’examen de l’édifice, celui des moyens employés pour sa conservation, et rendre compte du tout à votre Excellence.

Comme il y a urgence, et que le moindre délai peut être funeste, je vous propose de m’adjoindre M. de Gisors, Inspecteur général, M. Baltard, membre honoraire du Conseil, et M. Biet, Rapporteur, à moins que vous n’aimiez mieux en laisser le choix à M. le Vice-Président.

J’ai l’honneur d’être avec le plus profond respect, Monseigneur, de votre Excellence le très humble et très obéissant serviteur,

Mazois,
Inspecteur général, membre du Conseil des Bâtiments civils