École des chartes » ELEC » Correspondance et états de situation » 1805 » 1805, 8 novembre. Alexandre Lenoir à son Excellence le ministre de l’Intérieur. [Restes de Mabillon et Montfaucon.]

1805, 8 novembre. Alexandre Lenoir à son Excellence le ministre de l’Intérieur. [Restes de Mabillon et Montfaucon.]

. Paris

Fait connaître les motifs qui doivent déterminer son Excellence à rejeter la réclamation que font les marguilliers de la paroisse Saint-Germain-des-Prés des urnes qui renfermaient les restes de Montfaucon et de Mabillon.

  • Arch. nat., F 21-586 nos 32 à 33

Excellence,

Je m’empresse de répondre à la demande que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser, relativement à la réclamation que font MM. les marguilliers de la paroisse de Saint-Germain-des-Prés des urnes qui renfermaient les restes de Montfaucon et de Mabillon, qui sont maintenant au musée des Monuments français. Il y a sans doute erreur de la part de MM. les marguilliers, et leur demande n’est nullement fondée. 1° Parce que les corps des savants Mabillon et Montfaucon n’ont jamais été déposés dans l’église de Saint-Germain-des-Prés. 2° Parce qu’ils n’ont jamais eu de monument, pas même d’urne, ni de marque distinctive au lieu de leur sépulture ; les règles de leur ordre le défendaient. Leurs dépouilles mortelles, mais respectables, étaient déposées dans une chapelle située près de l’ancien couvent ; cette chapelle a été vendue et démolie ; et c’est à l’époque de cette vente que j’ai obtenu du propriétaire les ossements de ces deux hommes célèbres, en me rendant acquéreur pour le musée des Monuments français d’une partie du portail de cet édifice, qui a été bâti dans le XIIIe siècle par le célèbre Montereau, premier architecte du roi Louis IX.

Excellence, par mes soins, ces cendres précieuses, retirées des ruines de cette chapelle, sont devenues la propriété du Musée ; elles le sont de la France entière et c’est en les considérant ainsi que l’un de vos prédécesseurs en a autorisé le placement dans des sarcophages, à la manière antique, et le dépôt dans le jardin Elysée de cet établissement. C’est la première fois, Excellence, que ces hommes célèbres ont eu des tombeaux, j’ai eu l’honneur de les élever.

Excellence, je joins ici la gravure que j’ai fait faire de l’un de ces tombeaux. Elle vous mettra à même de juger, par sa composition, que ces monuments portent tous un autre caractère que ceux qui décoraient l’église de Saint-Germain, et que MM. les marguilliers de cette paroisse n’ont rien à réclamer de ces monuments qui ont été faits sur les fonds accordés au Musée.

Salut et respect

Lenoir