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1869, 11 mars. Préfecture du département de la Seine. [Financement du dégagement de l'église.]

. Paris,

Copie d’une lettre adressée par M. le Préfet à Monseigneur l’archevêque de Paris.

  • Arch. hist. diocèse de Paris, Z chemise 1 nos 123 à 125

La fabrique de Saint-Germain-des-Prés a, en 1859, exprimé le vœu que la Ville s’entendît avec elle pour acquérir à frais communs, une maison rue de l’Abbaye, n° 9. Cette acquisition, en créant un nouvel accès à l’église, aurait, d’après le désir de la fabrique, permis d’établir près de l’édifice religieux certaines dépendances, telles que sacristie, salle de mariages, etc. La dépense étant évaluée à 120 000 F, le Conseil de fabrique avait offert une contribution de 60 000 F.

Cette proposition n’ayant pas eu de suite alors, la Ville reprit, en 1866, la pensée de la fabrique et demanda à celle-ci si elle entendait maintenir son offre d’une contribution de 60 000 F.

La fabrique de Saint-Germain-des-Prés déclara ne pouvoir plus offrir une aussi forte somme, alléguant qu’elle avait, depuis 1859, employé d’autre façon les fonds dont elle aurait pu disposer à cette époque. Cependant, en mai 1867, le Conseil de fabrique faisait prier la Ville, par l’entremise de votre Grandeur, de poursuivre de nouveau le dégagement de l’église, offrant de contribuer à la dépense pour une somme de 30 000 F. J’eus l’honneur de répondre à votre Grandeur que la Commission mixte des offices religieux serait saisie de la proposition.

Dans la séance du 22 juillet dernier, cette commission a émis l’avis qu’il y avait lieu de fixer la contribution de la fabrique de Saint-Germain-des-Prés pour le dégagement de l’église et l’ouverture d’une troisième porte à la somme de 60 000 F primitivement offerte. Malgré cet avis, le Conseil a, par une délibération en date du 3 janvier 1869, déclaré ne pouvoir dépasser une contribution de 30 000 F payable en dix ans par annuités de 3 000 F sans intérêts. Il s’est appuyé sur l’impossibilité de faire davantage, et a fait remarquer que le projet de 1859 comprenait l’appropriation de la maison Lechartier à divers besoins de la fabrique, ce dont il ne saurait plus être question aujourd’hui, la maison dont il s’agit ayant été démolie.

Je viens prier votre Grandeur de vouloir bien user de sa haute influence pour faire comprendre au Conseil de fabrique de Saint-Germain-des-Prés combien la voie où il s’engagerait en persistant dans sa résolution, serait contraire à ses intérêts et à l’équité. La ville de Paris a déjà fait des dépenses considérables pour le dégagement de l’église Saint-Germain-des-Prés. Le jury d’expropriation a accordé à Mme Vve Lechartier une indemnité de 70 000 F.

L’administration se verrait obligée de renoncer à poursuivre le dégagement complet de l’édifice et à ouvrir une troisième porte si elle n’obtenait de la fabrique de Saint-Germain-des-Prés la contribution indiquée par la Commission mixte, contribution qui laissera encore la charge de la Ville seule un excédent de 50 000 F sur les provisions de 1859.

Votre Grandeur voudra bien, d’ailleurs, ne pas perdre de vue que le chiffre auquel la commission a porté cette contribution n’a été arrêté que sur le vu des budgets et comptes de la paroisse Saint-Germain-des-Prés. S’il est vrai enfin que, pour le moment, les démolitions du quartier peuvent diminuer les ressources de la fabrique, les améliorations qui en résulteront dans un avenir prochain compenseront et au-delà le préjudice momentané qu’elle invoque pour résister à la demande parfaitement justifiée qui lui est faite par mon administration.

Je n’hésite pas dès lors à croire que votre Grandeur, si elle se range à mon avis, n’obtienne immédiatement de la fabrique le concours auquel la ville de Paris peut légitimement prétendre.

Veuillez agréer, Monseigneur, l’hommage de ma haute et respectueuse considération,

Haussmann